(Ottawa) La ministre des Finances, Chrystia Freeland, confirmera lundi que le déficit fédéral dépassera largement les 350 milliards de dollars pour l’exercice financier en cours lorsqu’elle présentera la mise à jour économique et financière du gouvernement Trudeau, selon des informations obtenues par La Presse.

Joël-Denis Bellavance Joël-Denis Bellavance
La Presse

Le manque à gagner pourrait friser les 400 milliards de dollars, selon les estimations de certains économistes – une somme record qui ferait passer la dette accumulée du gouvernement fédéral à plus de 1000 milliards de dollars.

En juillet, l’ancien ministre des Finances Bill Morneau avait indiqué lors d’un portrait économique que le déficit devrait atteindre 343 milliards de dollars en 2020-2021. Depuis lors, le gouvernement Trudeau a annoncé plusieurs autres mesures tandis qu’une deuxième vague a forcé les provinces à imposer des mesures de restriction et la fermeture de certaines entreprises. Bien que moins généralisé qu’au printemps, ce deuxième confinement aura un impact non négligeable sur les revenus d’Ottawa et des provinces.

Résultat : le déficit fédéral sera plus imposant que ce qu’avait avancé Bill Morneau il y a cinq mois à peine. Dans un rapport publié vendredi, la Banque Royale a estimé que le déficit s’établirait à au moins 370 milliards.

Malgré ce déficit à la hausse, Mme Freeland plaidera que les finances publiques du pays sont viables et l’effort financier d’Ottawa, « soutenable  ». Elle évoquera également un retour éventuel à des déficits « normaux » d’avant la pandémie sans toutefois donner un échéancier coulé dans le béton.

Un mini-budget

Attendue avec impatience par les partis de l’opposition et les gens du monde des affaires, cette mise à jour économique prendra l’allure d’un véritable mini-budget. Car elle contiendra de nouvelles dépenses ciblées visant à donner un peu d’oxygène à une économie durement éprouvée par la pandémie depuis neuf mois.

Dans l’immédiat toutefois, la grande argentière du pays confirmera la prolongation des mesures de soutien pour les familles, les travailleurs et les entreprises affectés par la crise de la COVID-19 et précisera les coûts de ces mesures. Des programmes d’aide d’urgence ont déjà été prolongés jusqu’en juin 2021, notamment la subvention salariale pour les entreprises. Elle pourrait aussi annoncer de nouvelles mesures pour des secteurs tels que l’hébergement, le tourisme et la restauration.

Toutefois, il est peu probable qu’un programme d’aide spécifique pour le secteur aérien soit annoncé. Les pourparlers entre le gouvernement fédéral et les compagnies aériennes se poursuivent.

Accent environnemental

Cela dit, la ministre Freeland devrait aussi annoncer de nouveaux investissements dans la lutte contre les changements climatiques en proposant notamment des mesures pour soutenir les rénovations écoénergétiques, l’électrification des transports ainsi que des incitatifs pour encourager les gros pollueurs à utiliser des technologies beaucoup plus propres, à titre d’exemple.

« Je serais sidéré s’il n’y avait pas un certain nombre de gros morceaux sur les changements climatiques », a confié à La Presse une source gouvernementale qui a requis l’anonymat parce qu’elle n’était pas autorisée à parler publiquement de la mise à jour.

La mise à jour va faire largement écho à ce que nous avons proposé dans le discours du Trône. Mais le gros des investissements viendra dans le prochain budget au printemps.

Une source gouvernementale bien au fait du dossier

« L’accent sera beaucoup mis sur la crise de la COVID-19 et les mesures de soutien que nous avons mises en œuvre. Mais il sera aussi question de la relance économique et de notre objectif de rebâtir sur des assises meilleures. Car les Canadiens doivent aussi avoir un aperçu de ce qui nous attend après cette dure bataille que nous menons. »

Garderies : Ottawa s’inspire du Québec

Ainsi, Mme Freeland va confirmer qu’Ottawa ira de l’avant avec la création d’un réseau national de garderies qui s’inspire largement du programme qui existe au Québec. Selon nos informations, elle proposera « un premier paiement » aux provinces (le Québec devrait avoir droit à une compensation financière au prorata de sa population).

Première femme à occuper le poste de ministre des Finances dans l’histoire du pays, Mme Freeland a déjà indiqué dans une entrevue à La Presse le mois dernier que la création d’un réseau de garderies figure en tête de liste de ses priorités afin de réduire les inégalités sociales qu’a relevées la pandémie. Au chapitre de l’emploi, les femmes et les personnes racisées ont été plus durement frappées durant la crise, a-t-elle souligné.

« Il faut dire que le vrai plan de relance économique ne pourra être mis en œuvre qu’une fois que la population aura été vaccinée en 2021. Nous ne voulons pas nous retrouver dans une posture où l’on précipite le plan de relance alors qu’une troisième vague nous frappe », a indiqué une source gouvernementale.

Selon le premier vice-président, politiques publiques du Conseil canadien des affaires, Robert Asselin, la mise à jour économique de lundi représente un test important pour Mme Freeland.

« Les trois questions auxquelles la ministre doit répondre dans son énoncé sont assez claires : quel est son plan pour aider les secteurs en détresse, quel est son plan de redressement des finances publiques et quel est son plan pour rendre notre économie plus productive  ?  », a analysé M. Asselin, un ancien proche collaborateur de l’ex-ministre Bill Morneau.