La deuxième vague de la pandémie de COVID-19 semble avoir des effets moins néfastes qu’anticipés sur les revenus autonomes de l’État, selon un nouveau rapport de l’Institut du Québec (IDQ), qui se demande néanmoins si la réserve de 4 milliards prévue par le gouvernement Legault pour y faire face sera suffisante.

Julien Arsenault
La Presse Canadienne

En tablant sur différents scénarios de confinement, les auteurs du document rendu public jeudi, à deux semaines de la mise à jour économique du ministre des Finances Éric Girard, estiment que le manque à gagner provoqué par les restrictions imposées au début du mois d’octobre devrait au bas mot être d’environ 900 millions — et de 2,1 milliards dans le pire des cas.

Huit hypothèses ont été brossées, mais la décision du gouvernement Legault de prolonger des mesures — comme la fermeture des salles à manger des restaurants — pendant quelques semaines a écarté celles qui tablaient sur un confinement de quatre semaines. De plus, les prévisions du rapport ne tiennent pas compte de l’apport des sociétés d’État comme Hydro-Québec, Loto-Québec et la Société des alcools du Québec, qui sont aussi affectées par la crise sanitaire.

Si le portrait est moins sombre qu’anticipé en ce qui a trait aux recettes de l’État, il faut notamment regarder du côté de programmes mis sur pied par le gouvernement fédéral, notamment la Prestation canadienne d’urgence et la subvention salariale. Ces mesures ont contribué à alimenter le revenu des ménages.

« Puisque les gens dépensent, ils paient des taxes, ce qui fait que l’impact sur les revenus des gouvernements est moins prononcé que ce qu’on aurait pu croire, a expliqué la présidente-directrice générale de l’IDQ Mia Homsy, au cours d’un entretien téléphonique. Le contrecoup, c’est que les dépenses et la dette explosent. »

Le rapport de l’IDQ a décidé de se pencher essentiellement sur l’aspect des revenus du gouvernement québécois étant donné que plusieurs aspects de la pandémie sont difficiles à évaluer. Une chose est toutefois certaine : la facture sera salée et les répercussions de la crise sanitaire se feront ressentir longtemps.

Ces éléments font en sorte qu’il y a lieu de se demander si l’enveloppe de 4 milliards de Québec contient assez d’argent. S’il est difficile de chiffrer les dépenses liées à la reprise, le document souligne que plusieurs secteurs « seront totalement à reconstruire » et que des « industries seront changées de façon durable ». On peut penser à la restauration, le tourisme, l’hébergement et la culture, entre autres.

« Les revenus semblent là, mais il ne faut pas sous-estimer non plus les dépenses que cela va entraîner sur la santé, l’éducation et sur les autres secteurs dans le besoin, a dit Mme Homsy. Cela va dépasser (l’exercice en cours) et on va le ressentir longtemps. »

Québec table sur un déficit de 15 milliards pour l’exercice en cours et compte se tourner vers la réserve de stabilisation afin de respecter la Loi sur l’équilibre budgétaire. En commission parlementaire, mercredi dernier, M. Girard avait réaffirmé qu’il faudrait patienter jusqu’en 2025-2026 avant de tourner la page sur les déficits.