Comme un mirage qui s’éloigne à mesure qu’on s’en rapproche, la reprise économique en V que tout le monde espérait au milieu de la pandémie s’avère être tout à fait ça. Un mirage.

Hélène Baril Hélène Baril
La Presse

Partout dans le monde, l’année 2020 sera une année oubliée par la croissance économique. Partout, sauf en Chine, qui sera cette année le seul pays à échapper à la récession. Les données du troisième trimestre publiées la semaine dernière font état d’une croissance robuste de 4,9 % en Chine au cours des mois de juillet, août et septembre. Après le rebond de 3,2 % du deuxième trimestre, l’accélération de la croissance semble indiquer que la Chine est guérie du coronavirus.

Le rythme de croissance de l’économie chinoise est maintenant presque revenu à son niveau d’avant la pandémie, pour une vraie reprise en forme de V. Pour la plupart des économistes, c’était le scénario idéal : une dégringolade vertigineuse, suivie d’une ascension tout aussi rapide.

Ailleurs dans le monde, on évoque maintenant plusieurs autres lettres de l’alphabet : des reprises en U, en L, en W et surtout en K. Cette dernière lettre évoque une reprise à deux vitesses, certains secteurs retrouvant rapidement la santé alors que d’autres continuent de s’enfoncer.

Dans une mise à jour récente de ses prévisions, le Fonds monétaire international projette un plongeon de 4,4 % de l’économie mondiale en 2020. À l’exception de la Chine, tous les pays souffriront, certains beaucoup.

C’est le cas de la France (- 9,8 %), de l’Italie (- 10,6 %) et de l’Espagne (- 12,8 %). L’économie du Canada (- 7,1 %) et celle du Royaume-Uni (- 9,8 %) pâtiront aussi, mais les États-Unis devraient s’en tirer un peu mieux, avec une chute limitée à 4,3 %.

Cette année noire devrait être suivie d’un retour à la croissance pour tous les pays en 2021, et ce qui se passe actuellement en Chine est important pour la suite des choses. Si on en croit les plus récentes statistiques, le redémarrage de l’économie chinoise se fait sur des bases solides.

Les exportations sont reparties à la hausse à mesure que les pays frappés par la pandémie reprenaient leurs activités et que la demande pour les masques et les équipements de protection, dont la Chine reste le plus important fabricant, demeure forte.

Mais les importations, avec une augmentation plus forte en septembre (+ 13,2 %), ont surpris. Ça démontre que la demande intérieure est bien présente et qu’un certain équilibre s’installe dans une économie qui a toujours été très dépendante des exportations.

Si les guerres commerciales et le repli sur soi de ses partenaires commerciaux continuent après la pandémie, la Chine pourra compter de plus en plus sur son marché intérieur de 1,4 milliard de consommateurs pour alimenter sa croissance.

La montée en puissance d’une classe moyenne qui a beaucoup de besoins à combler est d’ailleurs un défi pour le pouvoir en place, qui s’avance en terrain inconnu.

La route à suivre sera tracée cette semaine. Le président Xi Jinping et le comité central du Parti communiste chinois se réunissent à compter de ce lundi pour élaborer ce qui sera le 14e plan quinquennal de la République populaire de Chine.

L’objectif affiché du gouvernement de Xi Jinping est de « passer d’une croissance à grande vitesse à un développement de grande qualité », selon les sources officielles. Sur la période du prochain plan, de 2021 à 2025, la Chine ambitionne d’être parmi les pays à revenus élevés, selon la définition de la Banque mondiale.

Si elle y parvient, la deuxième économie mondiale pourrait continuer d’être la locomotive qui tirera beaucoup de pays du pétrin, à commencer par les producteurs de pétrole, de fer et autres ressources naturelles, comme le Canada.

Quand la Chine va, tout va ? Peut-être pas. Mais si la Chine ne va pas, ça va aller mal dans beaucoup de pays.