Malgré les meilleurs soins du monde, le principal pôle de création de richesse du Québec est branché sur le respirateur artificiel. Une coalition d’organismes voués au développement économique du centre-ville de Montréal a publié jeudi un état de santé du quartier des affaires. Cinq chiffres pour constater la gravité des symptômes.

André Dubuc André Dubuc
La Presse

26 %

En date du 20 août, un commerce ou restaurant sur quatre avait fermé ses portes, soit de façon temporaire, soit pour de bon. Les restos et les bars sont sur la ligne de front. Par exemple, un établissement de restauration rapide sur trois est tombé au combat ou a fui le champ de bataille. Dans les tours de bureaux délaissées par leurs occupants, un commerce sur deux est aujourd’hui fermé. Dans la rue Sainte-Catherine et dans les galeries marchandes souterraines, c’est un peu mieux : 18 % des commerces sont vides ou temporairement fermés. À l’initiative de l’Institut de développement urbain du Québec (IDU), de concert avec Destination centre-ville et avec la participation financière de la Ville de Montréal, la coalition a aussi fait faire un sondage web auprès de 1000 personnes de la région métropolitaine de recensement (RMR). Trois répondants sur quatre affirment ne plus jamais se rendre au centre-ville depuis le début de la pandémie.

2850 nouveaux logements

Rare bonne nouvelle, les mises en chantier de copropriétés et de logements locatifs ont bondi de 41 % au centre-ville au cours des trois premiers trimestres de 2020 comparativement à la même période l’an dernier. Près de 2850 logements sont sortis de terre cette année, contre 2023 l’année dernière. « C’est essentiellement des projets qui ont été planifiés, approuvés et vendus avant la COVID-19 », fait remarquer Vincent Shirley, directeur principal, innovation et stratégies de croissance, services d’experts en développement immobilier du Groupe Altus. Il participait au webinaire en après-midi animé par Jean-Marc Fournier, le nouveau patron de l’IDU. « Je m’attends à un ralentissement en 2021 », a ajouté M. Shirley. Des indicateurs sont en effet inquiétants. Contrairement à la banlieue où la revente de condos affiche une surprenante progression, la revente de copropriétés au centre-ville recule pratiquement de 20 % en rythme annualisé après neuf mois. Le marché, de bouillant qu’il était avant la pandémie, se desserre rapidement et est maintenant équilibré au centre-ville, c’est-à-dire qu’il ne favorise ni les acheteurs ni les vendeurs. La situation risque de se détériorer davantage, car le nombre de nouvelles inscriptions de condos sur le marché a bondi de 41 %.

92 % des cols blancs veulent rester en télétravail

Le marché des bureaux tient le coup pour le moment. Comme l’a récemment souligné l’économiste principale du Mouvement Desjardins, Hélène Bégin, les bureaux réagissent avec un délai de 18 à 24 mois à un revirement de conjoncture en raison de la durée des baux, entre 5 et 10 ans. La détérioration du taux d’occupation des tours du centre-ville reste donc minimale actuellement. Signe avant-coureur de jours sombres à venir, les locaux remis en sous-location sont en forte hausse, mais leur superficie reste somme toute basse dans une perspective historique, a souligné Bernard Poliquin, vice-président directeur, bureau et industriel, et chef des opérations immobilières chez Cominar. La partie n’est pas jouée pour autant. Actuellement mal-aimées, les tours de bureaux pourraient rester inoccupées plus longtemps qu’on ne le souhaite. Le coup de sonde de la coalition indique que 92 % des travailleurs du centre-ville actuellement en télétravail souhaitent y demeurer après la pandémie, soit à temps plein, soit à temps partiel.

Vers un taux d’occupation de 5 %

Il y a péril en la demeure, avertit Yves Lalumière, PDG de Tourisme Montréal. « Il y a un risque que Montréal connaisse une déstructuration de l’offre touristique », a-t-il souligné pendant le webinaire. Le revenu par chambre disponible s’élève à 26 $ en 2020 ; il était de 187 $ l’an dernier. « On prévoit un taux d’occupation des chambres de 5 % pour les trois à cinq prochains mois », a-t-il dit, ajoutant craindre la fermeture permanente de plusieurs établissements. « Si c’est le cas, a-t-il poursuivi, on perdra la capacité hôtelière de tenir de grands évènements comme le congrès des Lions où 17 000 personnes sont attendues en 2021 ». Il appelle de tous ses vœux l’élaboration rapide d’une nouvelle image de marque pour Montréal. La ville des festivals doit laisser la place à l’image d’une île de loisirs en plein air avec son fleuve. « La réputation de Montréal a énormément souffert », regrette-t-il. Yves Lalumière affirme que sans une aide financière conséquente pour le secteur hôtelier, Montréal reculera de 10 ou 20 ans en ce qui a trait à sa performance touristique.

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, ARCHIVES LA PRESSE

Yves Lalumière, PDG de Tourisme Montréal

Un étudiant sur dix

Les inscriptions dans nos établissements postsecondaires se sont maintenues cet automne. Mais les étudiants suivent leurs cours dans le confort de leur foyer, loin du centre-ville. Seulement un étudiant sur dix se déplace sur le campus. Au lieu d’être 125 000 cégépiens et étudiants à participer à l’animation du centre-ville, ils sont moins de 13 000 à s’y pointer le bout du cartable. Ville étudiante internationale, Montréal souffre de la fermeture des frontières. Le nombre d’étudiants étrangers a reculé de 7 % à la rentrée pour un total de 22 450 étudiants de l’extérieur du pays. Une baisse de 7 %, c’est moins que ce qu’on aurait pu craindre au départ. Une hypothèse serait que nombreux sont ceux qui suivent leurs cours en ligne de leur pays d’origine.