(Washington) Donald Trump s’est dit jeudi prêt à faire un geste pour débloquer, avant l’élection présidentielle du 3 novembre, les négociations sur un nouveau plan de soutien à l’économie américaine, et une ouverture semblait se dessiner en fin de journée après des signaux plutôt pessimistes.

Julie CHABANAS
Agence France-Presse

Interrogé sur la chaîne Fox Business sur la question de savoir s’il pourrait aller au-delà des 1800 milliards de dollars mis sur la table par son administration pour donner un coup de fouet à l’économie, le locataire de la Maison-Blanche n’a pas hésité.

« Je le ferais, je le ferais absolument ; je mettrais davantage ; j’irais plus haut », a-t-il répondu, au moment où il est nettement devancé dans les sondages par le démocrate Joe Biden à trois semaines d’un scrutin où il brigue un second mandat.

Mais le président du Sénat, le républicain Mitch McConnell, pourtant un allié de Donald Trump, a répété jeudi qu’il ne voterait pas une enveloppe d’un montant aussi élevé.

Les élus républicains du Sénat « pensent que ce que nous avons présenté (début septembre, NDLR), un demi-milliard de dollars, très ciblé, est la meilleure voie à suivre. C’est donc ce que je vais proposer », a-t-il déclaré à des journalistes dans son fief du Kentucky.

La chambre haute du parlement américain prévoit en effet de voter prochainement sur une mesure ponctuelle d’aide aux petites et moyennes entreprises.

Positions « très éloignées »

Après de multiples volte-face, la Maison-Blanche veut aussi des mesures ciblées, comme des actions pour les PME ou des aides pour les compagnies aériennes.

Mais pour les démocrates, menés par la présidente à la chambre des représentants Nancy Pelosi, pas question d’adopter des mesures indépendantes. Ils veulent un paquet plus vaste évalué à 2200 milliards de dollars.

Outre l’enveloppe, les deux camps s’opposent sur les aides qui iraient aux États pour les soutenir dans leur lutte contre l’épidémie de COVID-19 et ses conséquences sur les services publics, comme les écoles.

Les positions des deux camps restent « très éloignées » sur pas mal de questions, a répété jeudi Steven Mnuchin, le secrétaire au Trésor, en charge des négociations côté républicain.

« Un accord sera difficile à obtenir avant l’élection, mais on essaye dur. Donc, je ne veux pas dire que c’est impossible », a ajouté M. Mnuchin. « Ce dont nous avons besoin maintenant est une approche ciblée et sensée ».

Une ouverture semblait toutefois se dessiner jeudi en fin de journée, après près d’une heure et demie de conversation téléphonique entre Nancy Pelosi et Steven Mnuchin. Celui-ci aurait accepté la proposition démocrate portant sur le financement d’une stratégie nationale de tests COVID-19, a twitté le porte-parole de Nancy Pelosi.

Le camp républicain doit présenter vendredi les « changements mineurs » qu’il souhaite apporter à cette proposition démocrate, a-t-il ajouté.

Et selon lui, Steven Mnuchin a assuré que Donald Trump pèserait de tout son poids pour rallier le président du Sénat.

Tableau économique morose

Le caractère indispensable de ces aides est martelé par les économistes, tant les signaux sont peu rassurants.

Environ 898 000 personnes ont pointé au chômage la semaine dernière, un plus haut depuis août. Si 10 millions d’Américains touchent une allocation chômage, ils sont au total 25 millions à bénéficier d’une aide après avoir perdu leur emploi ou vu leurs revenus chuter.

Quant à l’activité manufacturière, cheval de bataille de Donald Trump qui a promis de rapatrier aux États-Unis les emplois partis en Chine, elle évolue de manière contrastée, ralentissant dans la région de New York en octobre, mais rebondissant fortement dans les environs de Philadelphie.

Cette incertitude a plongé dans le rouge la Bourse de New York jeudi.

Des aides fédérales permettraient aux Américains de continuer à consommer et aux entreprises de faire face à leurs problèmes de trésorerie et éventuellement de suspendre quelques projets de licenciements massifs, font valoir des experts.

Dans la dernière ligne droite avant l’élection, le président américain, qui se targue d’être l’homme providentiel pour une économie en souffrance, a besoin de présenter une victoire aux électeurs.

Mais chaque camp craint que l’autre ne s’attribue le mérite d’un paquet de mesures destinées à aider des millions d’Américains.