(Pékin) Camouflet pour Donald Trump à l’approche de la présidentielle : l’excédent commercial de la Chine vis-à-vis des États-Unis, bête noire du président américain, s’est encore accru en septembre, au moment où le géant asiatique augmentait pourtant massivement ses achats à l’étranger.

Sébastien RICCI
Agence France-Presse

Depuis son arrivée il y a quatre ans à la Maison-Blanche, Donald Trump a fait de la réduction du déficit commercial avec l’Empire du Milieu l’une de ses priorités.  

Son administration s’est lancée en 2018 dans une guerre commerciale avec Pékin qui s’est traduite par des surtaxes douanières supplémentaires réciproques portant sur de nombreuses marchandises.  

Les deux pays ont toutefois signé une trêve en janvier, juste avant que le monde ne soit paralysé par l’épidémie de COVID-19.

Au terme de cet accord, la Chine a accepté d’acheter pour 200 milliards de dollars de biens américains supplémentaires sur deux ans.

Mais en septembre, l’excédent du géant asiatique avec l’oncle Sam s’est encore accru de 30,75 milliards de dollars, selon des chiffres publiés mardi par les Douanes chinoises, les derniers avant la présidentielle du 3 novembre.  

Il s’agit d’une hausse de 18,8 % sur un an. Mais ce chiffre est toutefois en repli sur un mois (34,24 milliards de dollars en août).

Dans le même temps, la Chine achetait pourtant massivement à l’étranger.

En septembre, les importations totales du pays ont bondi de 13,2 % sur un an, soit leur plus forte progression depuis décembre 2019, quand la COVID-19 a officiellement été détectée pour la première fois dans la ville de Wuhan (centre).  

Les analystes interrogés par l’agence financière Bloomberg s’attendaient en septembre à une très faible hausse des importations (+0,4 %), après un plongeon en début d’année pour cause d’épidémie. Les achats de la Chine au reste du monde ne s’étaient affichés en territoire positif qu’une seule fois cette année, en juin.

Matières premières et produits agricoles

Au total, l’excédent commercial chinois, lesté par les importations, a fondu à 37 milliards de dollars contre 58,9 le mois précédent.

L’achat par la Chine de produits technologiques avant l’entrée en vigueur de sanctions américaines est probablement l’un des facteurs de ces « importations extrêmement fortes », estime Stephen Innes, analyste du courtier AxiCorp.

Depuis le 15 septembre, le géant chinois des télécoms Huawei, mis sur liste noire par Washington, ne peut plus se fournir en technologies américaines pour équiper ses produits, notamment des puces que le groupe n’a pas les capacités de fabriquer en interne.

Et selon des informations de presse, le département américain du Commerce envisagerait également des mesures contre le principal fabricant chinois de semi-conducteurs, Semiconductor Manufacturing International Corp (Smic).

Dans ce contexte, les importations de minerai de fer et de circuits intégrés ont atteint des volumes record, fait remarquer à l’AFP l’analyste Tommy Xie, de la banque OCBC. Les projets d’infrastructures ont par ailleurs porté la demande de matières premières.

L’achat de produits agricoles, après des inondations en Chine en début d’été, a également favorisé le rebond des importations, souligne l’analyste Julian Evans-Pritchard, du cabinet Capital Economics.

De leur côté, les exportations ont augmenté en septembre de 9,9 % sur un an, après une hausse de 9,5 % le mois précédent.

Ces derniers mois, le besoin de produits médicaux a largement soutenu les exportations chinoises.  

Premier pays touché par le nouveau coronavirus, mais aussi premier à s’en sortir, la Chine apparaît comme un baromètre de la reprise espérée de l’économie mondiale.

Cependant, des secteurs entiers de l’économie tournent toujours au ralenti, notamment les transports et le tourisme.

Le géant asiatique a connu une reprise de l’activité au deuxième trimestre, avec une hausse de 3,2 % du PIB selon des chiffres officiels, après un repli de 6,8 % au premier trimestre. Les chiffres pour le troisième trimestre seront dévoilés lundi.

Mais les économistes préviennent que la résurgence de nouveaux cas de COVID-19 dans certaines parties du monde pourrait mettre un frein à cette dynamique.