(Washington) L’administration Trump continuait jeudi à négocier un plan de relance économique avec les démocrates, mais la confusion régnait sur les intentions de la Maison-Blanche, entre une aide ciblée pour les compagnies aériennes notamment, et un plan plus vaste.

Delphine TOUITOU
Agence France-Presse

« Je pense que nous avons de très fortes chances de faire quelque chose », a assuré jeudi matin le président américain sur la chaîne Fox Business News, faisant état de « discussions très productives ».

Donald Trump a ainsi changé radicalement de ton après avoir brutalement annoncé, deux jours plus tôt, la fin des négociations, repoussées à après l’élection du 3 novembre.

Cette décision avait provoqué des réactions consternées et de vives critiques, y compris dans son propre camp.  

Il avait alors fait machine arrière, et proposé des mesures ciblées pour le transport aérien ou les petites entreprises, très touchées par la crise liée à la COVID-19. Il souhaite aussi l’envoi de nouveaux chèques aux Américains.

Jeudi matin, il a même évoqué la possibilité d’un « accord plus large que celui des compagnies aériennes ».

Mais la position de la Maison-Blanche a été recadrée dans l’après-midi : « Nous avons été très clairs sur le fait que nous voulons une enveloppe réduite », a assuré la directrice de la communication, Alyssa Farah.

Elle a de nouveau insisté sur des mesures ciblées, avec des chèques directs aux ménages, l’extension des prêts aux petites et moyennes entreprises, et « voir un plan de sauvetage des compagnies aériennes », mais indépendamment d’un plan plus large.

Contradictions-

Nancy Pelosi, la responsable démocrate à la Chambre des représentants, qui mène les négociations avec le secrétaire au Trésor Steven Mnuchin, a averti, elle, qu’il était hors de question que les aides au transport aérien ne soient dissociées d’un plan de relance plus large.

Mme Pelosi et M. Mnuchin se sont entretenus pendant 40 minutes jeudi après-midi, a écrit sur Twitter le porte-parole de la première, précisant que l’objet de cette conversation était de « déterminer s’il exist (ait) ou non une chance de trouver rapidement un accord sur un plan large ».

Selon lui, Steven Mnuchin « a été très clair sur le fait que le président veut un accord de ce type », ce qui, « malheureusement […] a contredit » les propos de la directrice de la communication de la Maison-Blanche.

Les aides au secteur aérien doivent permettre d’éviter les dizaines de milliers de licenciements annoncés par les compagnies.

Les transporteurs aériens sont confrontés à une chute de leur activité depuis le début de la pandémie. De nombreuses restrictions de voyage à l’international sont toujours en place et ils peinent à faire revenir les passagers domestiques dans leurs avions alors que la pandémie n’est pas terminée.

À moins de quatre semaines de l’élection, ces licenciements massifs jetteraient une nouvelle ombre sur le bilan de Donald Trump, en campagne pour sa réélection et déjà distancé dans les sondages face à son concurrent démocrate, Joe Biden.

Wall Street au plus haut

La Bourse, chère à Donald Trump, semblait pourtant croire en un accord, et Wall Street a terminé la journée dans le vert, le Dow Jones étant même au plus haut en plus d’un mois. Même les compagnies aériennes ont résisté.

L’adoption de ce nouveau plan d’aide est devenue un enjeu électoral important, chaque camp craignant que l’autre s’en attribue le mérite.

Pourtant, ces aides sont essentielles pour permettre à la première économie du monde de se relever des dégâts causés par la COVID-19.

Elles doivent apporter de l’argent frais dans les caisses des petites entreprises pour payer leurs salariés et éviter la faillite.

Pour les ménages les plus vulnérables, qui peinent à payer leurs loyers et factures, un nouveau chèque serait une bouffée d’oxygène. L’aide directe permettrait aussi de stimuler les dépenses de consommation, moteur de croissance traditionnel.

Avant la pandémie, l’économie était l’atout majeur de Donald Trump.  

Mais depuis, la donne a changé. Et le taux de chômage, de 7,9 % en septembre, n’a jamais été aussi élevé à l’approche d’une élection présidentielle américaine.  

Le pays compte près de 11 millions de chômeurs, et même 25 millions en ajoutant ceux qui ne sont pas éligibles aux allocations chômage, mais touchent une aide après avoir vu leurs revenus chuter.