Que ce soit à cause de la pause forcée dans les usines chinoises l’hiver dernier ou d’une demande accrue, de nombreux produits de consommation courante se font rares dans les commerces. L’équipe de La Presse a fait le tour de plusieurs industries pour voir ce qui s'annonce difficile à trouver cet automne.

La Presse

Où sont les briquettes et le bois d’œuvre ?

« Si vous voulez vous faire du barbecue pour alimenter votre automne de football, [vous serez déçu] parce qu’il manque de briquettes », lance spontanément Richard Darveau, président et chef de la direction de l’Association québécoise de la quincaillerie et des matériaux de construction (AQMAT), qui représente 850 marchands. Selon lui, un peu comme le papier hygiénique, les gens en ont acheté en quantité astronomique pendant l’été. Résultat : les tablettes sont maintenant vides. Les chaufferettes extérieures permettant de recevoir ses convives dehors jusqu’à tard dans l’automne sont également difficiles à trouver, informe Julie Crevier, directrice des communications du Groupe BMR. « La demande est particulièrement élevée cette année », dit-elle. La pénurie qui touchait le bois d’œuvre au début de la pandémie ne semble pas non plus sur le point de se résorber. « Le bois, oubliez ça encore pour un gros mois, voire six semaines, ajoute M. Darveau. Si quelqu’un veut faire sa terrasse avant l’arrivée de l’hiver ou qu’il a besoin de rénover quelque chose, ça va être difficile. » Plus généralement, selon lui, la réduction des vols a eu un impact sur l’approvisionnement en matériaux de construction et de rénovation. La marchandise normalement transportée par avion s’est retrouvée sur des conteneurs de bateaux. « Ça met une pression sur le transport maritime. Il n’y a pas plus de bateaux cette année qu’il y en avait l’année passée. » Le conflit de travail au port de Montréal pendant l’été et le blocus ferroviaire plus tôt pendant l’hiver sont des évènements qui s’ajoutent « comme des couches sédimentaires » pour expliquer la situation actuelle, soutient M. Darveau.

— Nathaëlle Morissette, La Presse

Électroménagers : du jamais vu en 30 ans

Frédéric Gagnon, président et copropriétaire de Gagnon Frères, entreprise d’ameublement et d’électroménagers qui possède six magasins au Saguenay–Lac-Saint-Jean, sur la Côte-Nord et dans la Charlevoix, travaille dans l’industrie depuis plus de 30 ans. Pourtant, il admet n’avoir « jamais vécu une pénurie comme celle-là ». « On est en grave pénurie de produits », dit-il. Alors que la saison de la chasse s’amorce sous peu, les congélateurs verticaux de 20 pieds cubes – destinés notamment à entreposer le gibier – manquent, mentionne M. Gagnon. Selon lui, ses magasins n’en recevront pas avant 2021. Les réfrigérateurs de formats standards de plusieurs grandes marques sont également plus difficiles à trouver. Les clients qui préfèrent attendre et commander le frigo de leur choix doivent patienter de 30 jours à trois mois avant de le recevoir. Bien que le manque soit moins grand, M. Gagnon mentionne aussi qu’il y a pénurie de cuisinières, de machines à laver et de sécheuses dans le cas de certaines marques. « Tous les plans de production des manufacturiers ont été bouleversés », souligne Frédéric Gagnon, qui rappelle que la fermeture des usines a nui à l’approvisionnement.

— Nathaëlle Morissette, La Presse

Vêtements : toute la chaîne de production a été touchée

Vu les longs délais de production dans la mode, la fermeture des usines chinoises en début d’année ainsi que la mise sur pause du transport maritime et aérien se font encore sentir dans les boutiques. « Plusieurs marques de maillots n’ont pas été capables de produire leur collection estivale. Ce qui devait être reçu en mai l’a été à la fin de l’été », résume Roméo Di Liello-Roberge, directeur général de Bikini Village. Il explique que c’est toute la chaîne de production qui a été affectée par la COVID-19, ce qui inclut les producteurs de coton et les manufacturiers de tissus, incapables de recevoir leurs matières premières dans les délais habituels. En boutique, les tailles les plus populaires sont donc difficiles à trouver. À La Vie en Rose (même propriétaire que Bikini Village), le risque était grand pour que les pyjamas de Noël (de marque privée) n’arrivent qu’en janvier ! Le détaillant a donc fait réduire la production de sa collection d’automne pour que la priorité soit accordée aux vêtements rouges et verts. La Grappe métropolitaine de la mode rapporte que les impacts dans l’industrie sont généralisés. Certains fournisseurs ont fait faillite, d’autres ont accumulé des retards et certains n’ont pas voulu prendre le risque d’approvisionner des détaillants aux liquidités serrées. Dans certains cas, les détaillants ont annulé des commandes, ne sachant pas si les consommateurs seraient au rendez-vous cet automne, ce qui explique en partie pourquoi certains vêtements sont difficiles à trouver, énumère la directrice générale, Debbie Zakaïb.

— Marie-Eve Fournier, La Presse

Les meubles fabriqués ici arrivent plus vite

Le télétravail a provoqué une hausse des achats de meubles pour aménager des postes de travail à la maison. Lors de visites sur les sites transactionnels d’IKEA, Structube et Bureau en gros, La Presse a constaté que bon nombre de bureaux et de fauteuils ne sont plus en stock ou que les délais pour recevoir les produits s’allongent, parfois jusqu’en février 2021. IKEA, qui compte 1000 fournisseurs de 50 marchés, confirme par courriel que la demande des consommateurs pour les bureaux « a crû considérablement ». « Bien que tous les types de meubles de bureau se vendent bien, la disponibilité dépend du produit en particulier et varie d’un magasin à l’autre, écrit Kristin Newbigging, porte-parole d’IKEA. Nous travaillons fort avec nos partenaires mondiaux pour approvisionner le marché canadien, trouver des solutions et satisfaire aux demandes de nos clients. » Bureau en gros dit avoir eu « des contraintes d’approvisionnement dans quelques catégories clés ». Mais l’entreprise travaille avec ses fournisseurs « pour tirer parti de [sa] chaîne d’approvisionnement mondiale et constat[e] des améliorations chaque jour », écrit-elle. De leur côté, Must et Artopex promettent la réception des achats de tables et chaises de cinq à 15 jours ouvrables. « Nos bureaux sont entièrement conçus dans notre usine de Granby, dit Francis Pelletier, premier vice-président, ventes et marketing d’Artopex. Quelques composantes de certaines chaises viennent d’outremer, mais elles sont assemblées à notre usine de Sherbrooke. »

— Isabelle Massé, La Presse

Moins de choix chez les concessionnaires auto

Ne soyez pas surpris si le choix d’options, de couleurs ou de moteurs est un peu plus limité qu’à l’habitude si vous devez vous rendre chez un concessionnaire prochainement. Ou si les délais de livraison s’étirent. Chez le Groupe Gravel, propriétaire de sept concessionnaires à Montréal, l’inventaire est passé de 90 ou 120 jours à environ 30 ou 40 jours. « Certains modèles plus populaires partent dès qu’ils arrivent », note le propriétaire, Jean-Claude Gravel. Il ne s’en plaint pas. « C’est un beau problème pour les concessionnaires, on ne paye pas d’intérêt dans la cour et on ne perd pas de ventes parce que tout le monde est dans le même bateau. » La situation varie d’un concessionnaire et d’une marque à l’autre. À Rawdon, Bourgeois Chevrolet, reconnu dans le créneau des voitures électriques, dispose de nombreux Bolt, mais peine à obtenir des camionnettes et voitures à essence. « En général, dans nos marques, il n’y a pas de pénurie, note le président du Groupe Park Avenue, Norman Hébert, surtout présent dans les marques de luxe. Les chaînes d’approvisionnement ont tardé à repartir, mais dans les dernières semaines, c’est pas mal revenu à la normale. »

— Jean-François Codère, La Presse

Une pénurie « incroyable » dans l’électronique

Le confinement et le télétravail se sont fait sentir chez les détaillants d’électronique. Besoin d’une webcam ou d’un casque d’écoute muni d’un micro pour les téléconférences ? Bonne chance. « C’est en très grande pénurie, note Jacques Bérubé, propriétaire de la boutique CIPC. Ce qui reste est de piètre qualité, et ça se vend à gros prix. » Des produits très populaires pour la rentrée, comme les ordinateurs portables d’entrée de gamme, se font aussi rares, note-t-il, reflet de la pause dans la production asiatique il y a quelques mois. Pour créer son propre ordinateur, il faut parfois se contenter de ce qui est disponible pour certaines composantes comme les cartes-mères ou les cartes vidéo. Chez Fillion Électronique, on éprouve encore beaucoup de difficultés à mettre la main sur des téléviseurs, peu importe la marque ou la taille. « J’ai des 32 pouces en commande depuis l’été qui ne sont pas encore rentrés », note la propriétaire, Sylvie Thibault. Les systèmes de haut-parleurs de marque Bose ou Sonos, tout particulièrement, sont aussi en pénurie « incroyable ».

— Jean-François Codère, La Presse

Sports : les équipements d’hiver sont là, mais y en aura-t-il assez ?

Vélos et équipements nautiques ont été invraisemblablement populaires durant l’été. Qu’en sera-t-il des équipements d’hiver ? Emmanuelle Ouimet, présidente de La Cordée, note que les commandes entrent comme prévu. Mais ces commandes ont été passées en décembre ou janvier dernier, et ne tenaient pas compte d’un possible sursaut de la demande, comme celui qui a vidé les rayons au cours de l’été. « S’il se passe la même chose qu’avec le vélo cet été, il pourrait y avoir des produits qui manquent », reconnaît-elle. Le fait que certains détaillants soient empêtrés dans des procédures de faillite pourrait permettre aux autres de récupérer une partie de leurs commandes, note-t-elle aussi. En ce qui a trait au sport national, ni le détaillant Hockey Supremacy ni le fabricant Bauer, qui a pourtant consacré d’importants efforts à la production de visières sanitaires au cours des derniers mois, ne notent de problèmes. « S’il manque quelque chose, ce sont de petits produits qui n’ont pas vraiment d’incidence sur les affaires », affirme le président de Hockey Supremacy, Éric Légaré.

— Jean-François Codère, La Presse