La reprise est « bien entamée » dans les principales économies du monde, dont l’Amérique du Nord, constatent les économistes du Mouvement Desjardins dans la mise à jour de leurs prévisions des prochains trimestres, publiée vendredi. Toutefois, même si le pire est passé, ils estiment que les risques d’un repli demeurent importants, à l’aube d’une « éventuelle seconde vague ». Compte rendu.

Martin Vallières Martin Vallières
La Presse

Québec

« Le redressement de l’économie québécoise est déjà bien avancé », selon Desjardins. « Après avoir chuté de 6,1 % cette année en raison des mauvais résultats du printemps, le PIB réel de l’économie québécoise augmentera de 5,1 % en 2021. »

Selon les économistes, « certains indicateurs ont presque rejoint leur niveau prépandémie, mais la récupération complète du PIB réel et de l’emploi devrait s’étirer sur plusieurs trimestres. Le rebond de l’économie fera place à une amélioration plus lente puisque certains secteurs continueront d’être durement affectés ».

Par exemple, ils notent qu’en dépit d’un taux de récupération « remarquable » des trois quarts des emplois perdus au pire de la pandémie, « les difficultés persistent dans les secteurs d’activité pénalisés par les consignes sanitaires comme l’hébergement et la restauration, ainsi que le secteur du spectacle et des loisirs ».

En conséquence, prévoit Desjardins, « une progression plus modérée de l’emploi et les aides gouvernementales plus ciblées se traduiront par une croissance limitée des dépenses des ménages en seconde moitié de 2020 ».

Dans le secteur des entreprises exportatrices, les économistes estiment que « même si le commerce mondial a amorcé un redressement, les exportations du Québec à l’étranger auront du mal à rejoindre le niveau prépandémie ».

Canada

« Malgré une reprise vigoureuse de l’économie canadienne [depuis mai], plusieurs difficultés persistent », constatent les économistes de Desjardins.

Pour le troisième trimestre se terminant le 30 septembre, ils anticipent que « le PIB réel pourrait croître d’environ 10 % par rapport au deuxième trimestre ».

Mais pour la suite, « alors que les effets persistants de la COVID-19 seront davantage perceptibles, la progression de l’économie devrait prendre un rythme plus modéré » en toute fin de 2020 et au début de 2021.

Desjardins anticipe que « l’année pourrait se solder par une baisse du PIB réel de 5,5 %, suivie d’un rebond de 5 % en 2021 ».

Entre-temps, les économistes notent que, « même très coûteuses pour les finances publiques, les mesures de soutien ont fait en sorte que la situation financière des ménages a bien résisté aux turbulences de la COVID-19 », ce qui s’est manifesté dans le rebond rapide des ventes au détail.

Néanmoins, Desjardins avertit que « ce rebond des ventes au détail pourrait faiblir dans les trimestres à venir alors que le taux de chômage prendra beaucoup de temps avant de redescendre à son niveau d’avant la pandémie ».

États-Unis

PHOTO OLIVIER DOULIERY, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Sur le marché du travail aux États-Unis, en dépit de « bons » regains au cours des derniers mois, il y a toujours « un manque à gagner de 11,5 millions d’emplois perdus », signalent les économistes de Desjardins.

Après « la débâcle de l’économie américaine au deuxième trimestre, la plupart des indicateurs ont depuis enregistré de fortes croissances et le PIB réel devrait afficher un rebond de 6,4 % au troisième », anticipent les économistes de Desjardins.

Ensuite, ils s’attendent à ce que « le rythme de progression s’atténue et que le rattrapage complet de l’activité économique, comme celui de l’emploi, prenne du temps ».

Par conséquent, ils estiment que « le PIB réel de l’économie américaine pour l’année 2020 devrait afficher une contraction de 4,2 %, qui devrait être suivie d’un gain de 3,3 % l’an prochain ».

Entre-temps, note Desjardins, « la reprise de la consommation depuis les creux d’avril est particulièrement inégale » entre les dépenses pour des biens durables (véhicules, meubles, etc.) et les dépenses en services qui sont encore aux prises avec des mesures sanitaires.

Sur le marché du travail, les économistes signalent qu’en dépit de « bons » regains au cours des derniers mois, « un manque à gagner de 11,5 millions d’emplois perdus demeure important ».

Monde

Les économistes de Desjardins constatent « une reprise rapide… jusqu’à maintenant » dans l’économie mondiale.

« Après les chutes de PIB subies au printemps, la plupart des pays affichent une nette amélioration de leurs principaux indicateurs économiques », notent-ils.

« Le commerce mondial reprend de la vigueur après s’être écroulé à partir de janvier lorsque la COVID-19 a commencé à affecter la production chinoise. Et même si le manque à gagner demeure important, la situation est maintenant sur la bonne voie. »

Desjardins prévoit que le PIB réel de l’économie mondiale devrait afficher une diminution de 4,6 % en 2020 et une progression de 5,1 % en 2021.

En zone euro, les économistes notent que « la tendance positive depuis mai se poursuit malgré la nouvelle hausse des cas de COVID-19, ce qui fait que le PIB réel devrait enregistrer une forte progression de près de 10 % au troisième trimestre par rapport au deuxième ».

Pour l’ensemble de l’année, une baisse de 7,9 % est cependant prévue, suivie d’un gain de 4,3 % l’an prochain.

En Chine, Desjardins note que « la croissance entamée au deuxième trimestre se poursuit, mais que le PIB réel chinois devrait enregistrer un gain limité à 1,1 % sur l’ensemble de 2020 ».