Le plus grand potager des États-Unis, celui de la Californie, ne sortira vraisemblablement pas indemne des incendies majeurs qui dévastent actuellement l’État. Il faut donc se préparer à une hausse des prix des fruits et des légumes, et même à une baisse de qualité. Tout cela dans un contexte où l’inflation alimentaire est déjà bien concrète pour les consommateurs en raison de la pandémie et d’une météo particulièrement défavorable un peu partout.

Marie-Eve Fournier Marie-Eve Fournier
La Presse

« Dans le prochain mois, l’impact sera assez majeur. Et c’est déjà commencé », constate Giuseppe Lavorato, président de Gaétan Bono, distributeur de fruits et de légumes frais.

Mais ce n’est pas nécessairement parce que les champs brûlent. Jusqu’ici, ils semblent être relativement épargnés, a indiqué à La Presse Gary R. Keough, directeur du Service des statistiques au département de l’Agriculture des États-Unis (région du Pacifique). « Les répercussions des incendies sur les cultures californiennes sont inconnues à ce moment-ci, car ça brûle toujours. Mais la carte des incendies montre que la plupart des régions agricoles ne sont pas en danger. »

Les conséquences sont néanmoins multiples.

Dans certains cas, les travailleurs peuvent difficilement procéder aux récoltes en raison de la qualité de l’air. D’autres manquent à l’appel, car ils ont été évacués de leur résidence. Tout cela alors que la COVID-19 provoque des pénuries de personnel et ralentit les chaînes de production (distance de deux mètres entre les employés pour l’emballage, par exemple).

En outre, « la cendre et la fumée sont problématiques à certains endroits », a ajouté M. Keough au cours d’un entretien. Déjà, des journaux locaux se sont penchés sur la toxicité des cendres qui se déposent dans les potagers et ont suggéré à leurs lecteurs de laver les fruits et les légumes qui poussent dans leur cour ou de les éplucher, si possible.

Les agriculteurs devront-ils procéder à une opération nettoyage imprévue – et coûteuse – de leurs végétaux ? « S’il y a beaucoup de cendre ou de fumée, les champs sont impropres à la consommation », tranche Guy Milette, vice-président exécutif de Courchesne Larose, grossiste de fruits et de légumes frais. Si les oranges et les nectarines sont normalement lavées, le céleri, par exemple, ne l’est pas. Ce qui soulève des questions…

Double du prix… en deux semaines

La qualité des fruits et des légumes importés de Californie est déjà moins certaine. « Si on veut acheter de la laitue, c’est vendu sans garantie, comme une maison. C’est vendu as is. Tu ne peux pas faire de réclamation s’il y a un problème », illustre Guy Milette.

En plus, le smog provoqué par les incendies prive les fruits et les légumes de soleil, ce qui nuit à leur « durée de vie » et empêche même leur récolte, explique l’expert.

Le prix des fraises et des framboises a déjà bondi substantiellement. De « 16 $ à 18 $ la caisse », il est passé à 40 $… en deux semaines.

Les laitues iceberg et romaine sont « difficiles à trouver », ajoute Giuseppe Lavorato. Le brocoli est passé de 16 $ à 20 $ la boîte en deux jours.

Des hausses de prix plus généralisées devraient nous frapper « à la fin de septembre ou au début d’octobre », prévoit Guy Milette, quand il restera moins de produits locaux dans le marché.

Cela dit, les prix des fruits et des légumes sont déjà plus élevés dans les supermarchés que l’an dernier. Giuseppe Lavorato parle de 10 % à 15 % ; Guy Milette, de 10 % à 25 %.

La saison était déjà difficile pour les agriculteurs de la Californie en raison de la COVID-19 et des chaleurs extrêmes. À Fresno, par exemple, il y a eu 12 jours au-dessus de 100 °F (38 °C) en août, a rapporté la Western Farm Press dans un article sur les cultures menacées par la météo exceptionnelle. De telles chaleurs peuvent dévaster des champs entiers en quelques jours.

Importer des fraises, pendant la saison des fraises

Les prix plus élevés s’expliquent aussi par la situation des agriculteurs québécois. Beaucoup ont moins semé que d’habitude, craignant de ne pas avoir suffisamment de travailleurs venus de l’étranger pour récolter fruits et légumes. Les champs ont ensuite souffert des canicules, de sorte que les rendements sont assez faibles, ce qui explique notamment la fin très hâtive de la saison du maïs.

Les exportations vers les États-Unis ont baissé de 50 % au minimum. Les producteurs n’ont pas de volume. Il en manque pour le marché local, alors il faut compenser avec des produits américains.

Giuseppe Lavorato, président de Gaétan Bono, distributeur de fruits et de légumes frais

Il donne l’exemple des fraises, qu’il a dû importer dès la première semaine de septembre. « D’habitude, de la fraise du Québec, il y en a en masse ! » Idem pour la laitue.

Il a même acheté des choux-fleurs californiens en plein mois de juillet pour répondre à la demande. « On est une industrie de volume. Alors, quand il y a des raretés, ça crée de la frustration. Et ça met de la pression sur les petits détaillants, car les gros veulent la priorité. »