(Ottawa) Tout en préparant psychologiquement les bénéficiaires de la Prestation canadienne d’urgence (PCU) à la fin prochaine du programme, Justin Trudeau s’est montré rassurant en annonçant la création d’une aide « de transition ».

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

La PCU, qui a fait l’objet de critiques du milieu entrepreneurial, disparaîtra pour être transférée au régime d’assurance-emploi (AE). Les détails du plan gouvernemental viendront dans les semaines à venir, a indiqué le premier ministre.

« Notre but, c’est de transférer tous ceux qui reçoivent encore la PCU au régime d’assurance-emploi », a-t-il affirmé vendredi, précisant qu’il était hors de question « d’augmenter les cotisations à l’assurance-emploi durant cette période difficile ».

Et pour éviter de laisser passer entre les mailles du filet ceux qui n’ont pas accès à l’AE, par exemple les travailleurs à forfait, Ottawa compte mettre sur pied une « prestation de transition » comparable à l’assurance-emploi.

« Cette prestation va notamment prévoir un accès à la formation et permettre aux gens de retourner au travail et de gagner plus d’argent, tout en recevant des prestations », a exposé Justin Trudeau en conférence de presse, vendredi.

À cela s’ajoutera un programme de prestations de maladie et de prestations pour proches aidants qui sera aussi éventuellement lancé. Là encore, les contours précis du plan viendront plus tard.

Mise sur pied à la fin de mars dans le contexte de la pandémie de COVID-19, la PCU a d’abord été élargie, puis prolongée à deux reprises. Il est prévu qu’elle vienne à échéance à la fin du mois d’août.

En date du 26 juillet, la valeur totale des prestations versées atteignait 62,75 milliards de dollars, comparativement à 23,91 milliards pour la subvention salariale, cette mesure que favorise le gouvernement pour relancer l’économie.

Transition bien accueillie

Le Conseil national des chômeurs et chômeuses (CNC) a applaudi le plan de transition dévoilé vendredi par le premier ministre. La volonté de transférer les prestataires de la PCU vers l’AE « est la bonne décision », a réagi le porte-parole Pierre Céré.

C’est une perspective rafraîchissante en comparaison des discours imbus de mépris exprimés par plusieurs représentants à l’égard des chômeurs et chômeuses.

Pierre Céré, porte-parole du Conseil national des chômeurs et chômeuses, dans un communiqué

Au Conseil du patronat du Québec (CPQ), on s’est aussi réjoui du changement annoncé.

Car « contrairement à la PCU, le régime d’assurance-emploi comprend des mécanismes intrinsèques de contrôle et d’intégrité, comme l’exigence de recherche d’emploi et de disponibilité de ceux qui en bénéficient », a soutenu le regroupement dans un communiqué.

Le gel de cotisation au régime d’assurance-emploi a également été bien accueilli par le CPQ, puisque cela permet aux employeurs « de ne pas alourdir leurs charges sur la masse salariale », en plus de leur offrir « de la prévisibilité » en ce climat d’incertitude, a plaidé Karl Blackburn, président et chef de la direction du CPQ.

Prolongation de l’aide au loyer commercial

Le premier ministre a ajouté au bouquet de mesures qu’il a offert vendredi celle de la prolongation officielle, jusqu’en août, de l’Aide d’urgence du Canada pour le loyer commercial.

Si cette prolongation constitue une « bonne nouvelle », il s’agit d’une « douche froide pour toutes celles qui continuent d’être privées de cette aide cruciale, soit parce qu’elles ne satisfont pas au critère de la baisse des revenus, soit parce que leurs propriétaires d’immeubles commerciaux ne souhaitent pas y participer », a réagi Jasmin Guénette, porte-parole de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante.

L’aide au loyer commercial prévoit que les propriétaires d’immeubles accordent une réduction de loyer d’au moins 75 % ; Ottawa en couvre 50 %, les locataires paient jusqu’à 25 % et les propriétaires doivent renoncer à au moins 25 % du prix.