(Montréal) Après avoir touché le fond du baril en avril, l’économie du Québec semble en voie de connaître un rebond plus prononcé que la moyenne canadienne, selon les prévisions provisoires de l’Institut de la statistique du Québec (ISQ).

Julien Arsenault
La Presse canadienne

L’agence table sur une augmentation mensuelle de l’ordre de 7 % du produit intérieur brut réel (PIB) — ajusté à l’inflation — en mai, une performance bien au-delà de la hausse de 3 % à l’échelle nationale sur laquelle tablait Statistique Canada à la fin juin.

« On a confiné davantage au Québec par rapport à la moyenne canadienne, a observé l’économiste principal au Mouvement Desjardins Benoit Durocher, au cours d’un entretien téléphonique. Cela implique que le rebond sera plus important ici que dans le reste du pays. »

Après un recul de 9,6 % du PIB au mois de mars, la contraction a été de l’ordre de 14,8 % en avril, alors que l’économie québécoise était sur pause, ce qui a entraîné la fermeture de tous les secteurs jugés non essentiels. À l’échelle du pays, le déclin était de 11,6 %.

L’ISQ n’a toutefois pas voulu fournir plus de détails sur son estimation provisoire.

Néanmoins, les données publiées mardi par Statistique Canada sur les ventes au détail en mai, qui ont augmenté à 41,8 milliards, semblent donner raison à M. Durocher. Si le gain a été de 18,7 % à l’échelle nationale, c’est au Québec que la hausse a été la plus forte, alors que les ventes des détaillants ont bondi de 33,3 %, pour atteindre 9,1 milliards.

L’agence statistique fédérale table même sur une progression de 24,5 % des ventes au détail en juin au Canada.

« Le déconfinement a été très graduel, a souligné M. Durocher, qui anticipe également une bonne performance du PIB québécois en juin. Il faudra un certain temps pour récupérer les baisses (de mars et avril). Il est normal que la récupération s’échelonne sur quelques mois. »

L’économiste principal chez Desjardins anticipe un ralentissement du rythme de croissance de l’activité économique au fur et à mesure que l’on avancera dans la phase de récupération. Le groupe coopératif financier table sur un recul de 6,6 % du PIB réel cette année, par rapport à un déclin de 5,9 % au Canada.

En avril, la performance du PIB est largement attribuable à la « baisse historique » mensuelle de 25,1 % enregistrée dans les industries productrices de biens, a expliqué l’ISQ. L’agence a évoqué les reculs observés dans les secteurs de la construction (-54,4 %) et de la fabrication (-20,3 %).

« La construction a fait une grosse différence », a indiqué M. Durocher, en rappelant que ce secteur n’avait pas échappé aux mesures de confinement au Québec, alors qu’il était jugé comme essentiel pratiquement partout ailleurs au pays.

En ce qui a trait aux services, le repli a été de 10,9 % en avril, notamment en raison des reculs affichés dans les secteurs de l’hébergement et des services de restauration (-47,9 %), du commerce de détail (-24,9 %) et des services de transport et d’entreposage (-28,5 %).

Au terme des quatre premiers mois de l’année, le PIB du Québec était de 6,4 % inférieur à celui de la même période en 2019.