Avec le portrait budgétaire de Bill Morneau présenté cette semaine, les données historiques prennent soudain une tout autre importance.

Francis Vailles Francis Vailles
La Presse

Comme beaucoup l’ont écrit, le déficit fédéral, comme la dette, n’ont pas été aussi élevés depuis la Seconde Guerre mondiale. C’est dire à quel point les autorités ont mis le paquet pour contrer les effets économiques néfastes de la pandémie et surtout, comment un minuscule virus peut dérégler complètement notre fonctionnement.

PHOTO SEAN KILPATRICK, LA PRESSE CANADIENNE

Bill Morneau, ministre fédéral des Finances, avant de dévoiler l’ampleur du déficit budgétaire creusé par la COVID-19, mercredi

Pour apprécier l’impact, je vous propose de jeter un regard historique sur le poids de l’État dans l’économie, non seulement pour le fédéral, mais pour l’ensemble des administrations publiques, dont le provincial et le municipal. Et de voir, justement, si l’on s’approche aujourd’hui du seuil de la Seconde Guerre.

Statistique Canada a justement publié, le 29 juin, une analyse synthèse révélatrice du poids des gouvernements du Canada dans l’économie.

D’abord, y apprend-on, l’ensemble des administrations publiques contribuaient, par leurs dépenses, à 25 % de l’activité économique canadienne avant la COVID-19 (24,94 % du produit intérieur brut [PIB] en 2018 pour être exact).

Ce poids de l’État est resté semblable depuis 50 ans au Canada, oscillant entre 21 % et 26 % du PIB, essentiellement. « Les sommes consacrées aux programmes de protection sociale combinées à celles consacrées au système de santé universelle et au système d’éducation publique sont des facteurs contributifs », explique l’agence de statistiques.

Avant 1970, l’État était beaucoup moins présent. En 1960, son poids était de 17,4 % du PIB, en 1950, de 12,7 % du PIB, et en 1926, de 9,3 % du PIB.

Durant le conflit mondial ? Compte tenu de l’effort de guerre, l’ensemble des gouvernements au Canada ont directement contribué à 41,3 % de l’activité économique annuelle, un sommet.

Maintenant, cette compilation des statistiques de finances publiques (SFP) n’inclut que les dépenses directes de l’État (salaires des fonctionnaires, dépenses en biens et en services, etc.). Elle n’englobe pas, par exemple, les transferts aux ménages de tous ordres (assurance emploi, sécurité de la vieillesse, allocations familiales, aide sociale, etc.). La raison est simple : par ces transferts, l’État ne contribue pas directement au PIB, ce sont plutôt les ménages qui le font s’ils dépensent les sommes transférées.

En ajoutant ces transferts, de même que les dépenses des sociétés d’État (Postes Canada, Hydro-Québec, VIA Rail, etc.), le poids de l’État grimpe à 44,3 % du PIB en 2018 (année aux données les plus récentes disponibles). Wow !

Mais tout est relatif. À ce sujet, la Chaire de recherche en fiscalité et en finances publiques (CFFP) de l’Université de Sherbrooke fait la comparaison internationale, chaque année, de ce poids de l’État. Les chiffres qu’on trouve dans son panorama des finances publiques lui viennent de l’OCDE.

Ainsi, selon la CFFP, le poids global de l’État au Canada représentait 41 % du PIB en 2018, contre 56 % en France, 50,9 % au Danemark, 44,5 % en Allemagne, 40,9 % au Royaume-Uni et 38 % dans le pays de Donald Trump. Le Québec sans le Canada ? Ça représentait 48,7 %.

Et avec la COVID-19 ?

Maintenant, de combien augmentera la présence de l’État dans le contexte de la pandémie ? Pour en avoir une idée, il faut estimer l’impact des déficits du fédéral, des provinces et des municipalités cette année sur le poids de l’État.

Puisque le fédéral est à 343 milliards de déficit en 2020-2021 et les provinces, à plus de 50 milliards, on peut raisonnablement estimer que les gouvernements du Canada auront globalement au-dessus de 400 milliards de déficit cette année. Ces 400 milliards représentent environ 19 % du PIB attendu pour 2020.

Ainsi, le poids global de l’État – transferts et sociétés d’État pris en compte – devrait avoisiner les 63 % cette année (44 % +19 %). Cette proportion est énorme : près de 2 dollars sur 3 de notre activité économique sont directement ou indirectement liés aux divers gouvernements du Canada cette année.

Quant à la contribution directe de l’État au PIB, qui était de 25 % du PIB en 2018, elle passerait à près de 30 % en 2020, sachant qu’au plus le quart des déficits des gouvernements au Canada sont attribuables à des dépenses directes de l’État (puisqu’on doit exclure les énormes subventions aux entreprises et la PCU, entre autres, etc.)

Je pense encore que l’essentiel des mesures de nos gouvernements était justifié – sauf la prolongation sans ajustements de la PCU fédérale – et qu’elles nous permettront de mieux retomber sur nos pattes.

Cependant, il faudra vite revenir aux niveaux précédant le coronavirus. Bien sûr, l’État doit avoir une présence minimale dans l’économie pour assurer la cohésion sociale et contenir la criminalité et le populisme. Néanmoins, trop d’État nuit à la croissance économique et au niveau de vie, les gouvernements n’ayant pas le même dynamisme que les entrepreneurs et le secteur privé.