Les consommateurs veulent limiter leurs dépenses parce qu’ils craignent pour leur emploi, et les entreprises s’inquiètent moins de la pénurie de main-d’œuvre qui était encore au cœur de leurs préoccupations au début de l’année.

Hélène Baril Hélène Baril
La Presse

Le coup de sonde estival mené par la Banque du Canada auprès des consommateurs et des entreprises indique que la crise du coronavirus a profondément chamboulé l’horizon économique du pays.

Les travailleurs sont deux fois plus nombreux qu’au début de l’année à craindre de perdre leur emploi. Ceux qui travaillent ne sont plus aussi nombreux à vouloir changer d’emploi, parce qu’ils pensent qu’il leur faudrait plus de temps pour en trouver un autre.

Les deux enquêtes ont été menées à la fin du mois de mai et au début de juin, alors que le déconfinement était amorcé et que les activités reprenaient graduellement au pays. Le niveau de confiance chez les entreprises était toutefois loin de remonter, a constaté la Banque du Canada. « La confiance des entreprises a sombré en territoire très négatif », dans l’ensemble des régions du pays, pour se rapprocher du creux atteint lors de la crise financière de 2008.

Beaucoup d’entreprises s’attendent à une reprise de leurs ventes au cours de la prochaine année, mais 30 % d’entre elles prévoient sabrer leurs investissements ou les limiter à l’amélioration de leur productivité, notamment avec le télétravail.

L’inquiétude quant à la pénurie de main-d’œuvre a fortement diminué, particulièrement dans le centre du pays, au Québec et en Ontario, révèle aussi l’enquête. Alors que 28 % des entreprises interrogées faisaient état d’une pénurie de main-d’œuvre au début de l’année, la proportion n’est plus que de 13 %. L’intensité de la pénurie de main-d’œuvre a aussi fortement diminué partout au pays, et surtout dans les régions productrices de pétrole.

Selon la banque centrale, quelques entreprises mentionnent que la Prestation canadienne d’urgence pourrait nuire à l’embauche, mais d’autres « ont fait valoir qu’elles n’auraient pas de mal à pourvoir des postes au besoin, vu l’élargissement du bassin de main-d’œuvre disponible depuis le début de la pandémie ».

Limiter les dépenses

Les mises à pied massives dans les secteurs les plus touchés par la crise du coronavirus ont par ailleurs rendu l’ensemble des consommateurs plus prudents, révèle l’enquête de la Banque du Canada.

Depuis que cette enquête trimestrielle existe, ceux qui travaillent n’ont jamais été aussi inquiets de perdre leur emploi. Les attentes en matière de croissance des salaires ont aussi diminué. En fait, les consommateurs s’attendent à ce que les prix augmentent plus vite que les salaires, ce qui les conduit à réduire leurs dépenses.

Les consommateurs interrogés ont changé leurs habitudes de consommation. La grande majorité dit avoir réduit ses achats et magasiner moins et de façon différente, en ligne ou en faisant des réserves.

Même si la situation revient à la normale, les consommateurs prévoient dépenser moins pour les voyages, les sorties culturelles et les restaurants, une indication que la pandémie laissera des traces durables dans les habitudes de consommation.

Ils ouvriront davantage leur portefeuille pour l’épicerie, le logement et les autres biens essentiels, mais consacreront moins d’argent aux meubles et aux voitures.

Selon la Banque du Canada, ces changements de comportement laissent prévoir que l’offre de biens et de services sera plus grande que la demande, et que l’inflation ne grimpera pas.

Les résultats de ces deux enquêtes alimenteront le prochain Rapport sur la politique monétaire de la banque centrale, qui doit être rendu public le 15 juillet, en même temps qu’une décision sur les taux d’intérêt. Le taux directeur de la Banque du Canada, actuellement fixé à 0,25 %, ne devrait pas changer.