Deux programmes d’aide du fédéral ont des effets pervers qui nuisent à la relance économique et aux détaillants, plaide le Conseil québécois du commerce de détail (CQCD). Si bien que des « correctifs » rapides s’imposent si on veut éviter une multiplication des faillites.

Marie-Eve Fournier Marie-Eve Fournier
La Presse

L’Aide d’urgence du Canada pour le loyer commercial (AUCLC) et la Prestation canadienne d’urgence (PCU) ne sont pas uniquement des noms de programmes pour le directeur général du CQCD, Stéphane Drouin. « C’est surtout un paquet de problèmes ! Depuis trois semaines, j’ai reçu une cinquantaine d’appels au sujet des deux, mais surtout de l’AUCLC. »

Bon nombre de détaillants sont « découragés » et « frustrés », car ils viennent de réaliser qu’ils ne seront pas admissibles à l’AUCLC. L’un des critères pour se qualifier est d’avoir subi une baisse de ventes d’au moins 70 % pendant les mois d’avril, mai et juin.

Ainsi, déplore M. Drouin, les détaillants ouverts depuis le début de mai, et ceux ayant d’assez bonnes ventes en juin, se retrouvent totalement exclus. Même pour le mois d’avril, quand ils étaient fermés. « Évidemment, avril, c’est LE mois où tous en ont grandement besoin, puisqu’ils n’avaient aucun revenu. »

Estimant la situation « urgente », le CQCD a écrit une lettre le 20 juin à la ministre du Développement économique, Mélanie Joly, pour qu’elle établisse plutôt l’admissibilité sur une base mensuelle.

« On veut juste un petit changement administratif », dit M. Drouin, convaincu que des détaillants devront fermer leurs portes si rien n’est fait. Il rappelle qu’une baisse des ventes de 50 % « ne donne pas la capacité de payer un loyer ».

« Avoir su, je serais resté fermé »

Pour un détaillant dont il a préféré taire le nom, et dont les ventes ont diminué de 65 % sur la période de trois mois, l’AUCLC aurait fait fondre les loyers dus de 150 000 $ à 8000 $, relate M. Drouin. « Certains détaillants m’ont dit : ‟avoir su, je serais resté fermé en mai et juin”. C’est un non-sens économique. »

Sur son profil LinkedIn, mardi, le vice-président aux finances des boutiques Bizou, David Cantin, déplorait plutôt le critère « flou » du revenu maximal de 20 millions pour avoir accès à l’AUCLC. Si une entreprise générait plus de 20 millions avant la crise et qu’elle tombe sous les 20 millions cette année, se qualifie-t-elle ? demandait-il en rappelant que « les états financiers audités ne seront disponibles que dans plusieurs mois ».

La PCU, un « frein à la croissance »

Tout en tentant de trouver des arrangements à la pièce avec les bailleurs, les détaillants doivent aussi composer avec la PCU.

« Soit que les détaillants ne trouvent pas d’employés, soit qu’ils en trouvent qui veulent juste travailler à temps partiel ou qui veulent être payés au noir », rapporte M. Drouin.

Résultat, des détaillants n’ouvrent pas leurs portes faute de personnel ou réduisent leurs heures d’ouverture. D’autres doivent faire des pieds et des mains pour organiser les horaires de façon à ce que leurs employés ne perdent pas la PCU.

La prolongation de huit semaines de la PCU annoncée mardi coûtera 17,9 milliards. « Ça n’inclut pas les impacts économiques pour les entreprises, car ça crée un frein à la relance », soutient M. Drouin. Avec ses deux programmes, Ottawa « tend la main pour aider, et met le pied sur la tête pour empêcher les entreprises de se relever en même temps », poursuit-il.

Puisque le projet de loi 61 qui aurait empêché les propriétaires immobiliers de procéder à des évictions n’a pas été voté, le CQCD s’attend à ce qu’il s’en produise en juillet. Il s’agira surtout de petits indépendants, mais les plus grands ont aussi des problèmes, car Ottawa n’a jamais mis sur pied le programme annoncé.