(Québec) Le coronavirus a infecté le budget du Québec qui restera en zone rouge pour une période prolongée : le déficit prévu atteint un niveau « historique » de 15 milliards de dollars, et le retour à l’équilibre budgétaire ne se fera que d’ici cinq ans.

Tommy Chouinard Tommy Chouinard
La Presse

C’est ce que révèle le Portrait de la situation économique et financière 2020-2021 présenté par le ministre des Finances, Eric Girard, vendredi.

Le gouvernement avait prévenu au cours des dernières semaines que le déficit s’élèverait entre 12 et 15 milliards pour 2020-2021. C’est finalement le haut de la fourchette qui est atteint (14,9 milliards précisément).

Alors qu’il prévoyait une croissance économique de 2 % cette année dans son budget du 10 mars, juste avant la pandémie, le PIB réel va reculer de 6,5 % cette année selon les nouvelles prévisions. La pandémie a forcé l’interruption de près de 40 % de l’économie du Québec et a entraîné la perte de 820 500 emplois. Après avoir atteint 17 % en avril, le taux de chômage est de 13,7 %.

Résultat : les revenus autonomes du gouvernement chutent de 9,6 milliards. Mais comme les transferts fédéraux augmentent de 4 milliards, la colonne des revenus affiche globalement une baisse de 5,5 milliards.

Dans la colonne des dépenses, Québec a mis en place des mesures pour faire face à la pandémie de la COVID-19 dont l’impact budgétaire est d’un peu plus de six milliards. On parle de dépenses supplémentaires de plus de trois milliards pour le secteur de la santé, d’un milliard pour aider les travailleurs et les particuliers et de deux milliards pour atténuer l’impact de la pandémie sur l’économie. La principale dépense est, et de loin, l’achat d’équipement de protection : 2,3 milliards, dont un peu moins de la moitié est déjà déboursée. La formation et la rémunération des nouveaux préposés représentent des débours de 300 millions, alors que les primes « COVID » pour les travailleurs de la santé coûtent 207 millions. L’achat de tests de dépistage devrait représenter une dépense de 200 millions pour respecter l’objectif de 20 000 tests par jour — on est encore loin de ce nombre d’analyses pour le moment.

Le déficit de 14,9 milliards tient également compte d’une provision de quatre milliards « pour pallier aux risques économiques et sanitaires potentiels reliés à une possible deuxième vague ».

Québec utilise sa réserve de stabilisation de près de 15 milliards pour respecter la Loi sur l’équilibre budgétaire. Cette mesure entraîne une hausse de la dette du Québec d’un montant équivalent, puisque la réserve est le cumul des surplus passés qui a servi à alléger le boulet financier du gouvernement au fil des dernières années. L’endettement est creusé encore davantage en raison des investissements supplémentaires dans les infrastructures annoncés par le gouvernement Legault. La dette brute s’élève maintenant à 222 milliards, 50,4 % du PIB (en hausse de sept points de pourcentage).

« Malgré le déficit inégalé, le gouvernement vise un retour à l’équilibre budgétaire d’ici cinq ans. L’atteinte de cet objectif ne se fera pas au détriment des services publics ou par une hausse du fardeau fiscal des Québécois », fait valoir le gouvernement.

Soulignons que le gouvernement aura fini l’année budgétaire 2019-2020 avec un surplus plus élevé que prévu : près de trois milliards de dollars.

Pour 2021, le PIB réel va faire un rebond de 6 %, et le gouvernement vise par la suite une croissance annuelle de 2 %, selon les prévisions.