La publication plus tôt cette semaine par la Caisse de dépôt de ses intentions de vote avant l’assemblée des actionnaires de Bombardier est exceptionnelle. À tel point que de nombreuses personnes du milieu de l’investissement et de la finance ont été très étonnées.

Richard Dufour Richard Dufour
La Presse

Ceux qui connaissent la Caisse savent très bien, par contre, que la pratique habituelle de l’organisation est de révéler son vote après les assemblées d’actionnaires. La Caisse se donne de façon générale une semaine après une assemblée pour diffuser l’information.

La raison ? La Caisse a la réputation d’être plutôt discrète. Et selon toute vraisemblance, elle agit ainsi par principe. En règle générale, la Caisse n’est pas du genre militant.

Or, la Caisse a cette fois indiqué avant l’assemblée de Bombardier son intention de s’opposer à la politique de rémunération de l’entreprise.

Le geste est rare. Et délicat en raison du lien d’affaires entre les deux organisations. La Caisse est un actionnaire et partenaire de longue date de Bombardier. Mais ce n’est pas la première fois que le plus gros investisseur institutionnel du Québec agit ainsi.

Ça s’est vu à quelques reprises dans le passé. Quelques doigts suffisent cependant pour les compter.

Il y a trois ans, la Caisse avait également voté contre la résolution relative à la rémunération des dirigeants de Bombardier. Son vote avait été révélé quelques jours avant l’assemblée des actionnaires. La Caisse avait même publié sur son site web une lettre envoyée à la direction de Bombardier pour expliquer sa position.

Autre exemple, en 2012, la Caisse avait envoyé une lettre à la direction de SNC-Lavalin en prévision de l’assemblée de l’entreprise. Cette lettre est toujours disponible aujourd’hui sur le site de la Caisse. Elle révèle notamment les questionnements qu’avait la Caisse sur les sommes accordées à des membres de la haute direction de SNC alors que des enquêtes et des procédures judiciaires étaient en cours.

La Caisse est assurément consciente de son impact. Ses dirigeants savent que les gens sont curieux de connaître son avis sur des situations suscitant la controverse ou d’intérêt particulier.

Et cette année, la rémunération des dirigeants de Bombardier, notamment celle accordée à l’ex-PDG Alain Bellemare, fait partie de ces situations où les circonstances justifiaient aux yeux de la Caisse de faire connaître son vote à l’avance. Mais contrairement à 2017, la Caisse n’a pas publié cette année de lettre explicative sur son site web et n’a pas précisé si une lettre avait été acheminée chez Bombardier. Mais il est tout à fait raisonnable de croire que les dirigeants des deux organisations ont eu des conversations sur le sujet.

Pas d’autre commentaire

La direction de la Caisse n’a pas souhaité commenter davantage sa décision ce printemps de s’opposer à la rémunération des patrons chez Bombardier.

Remercié en mars, Alain Bellemare a reçu une indemnité de départ de près de 7 millions US. Son arrangement de départ prévoit aussi une somme additionnelle d’environ 3,5 millions US liée à la vente de la division Transport à Alstom.

On peut facilement imaginer que la Caisse a voulu faire passer un message cette année.

Comme l’indique Bombardier aux pages 64 et 65 de sa circulaire de direction, une grande portion de la rémunération accordée à Alain Bellemare est liée à la réalisation d’une seule transaction : la vente de la division Transport à Alstom.

Il semble bien que c’est ce qui est jugé excessif, voire inacceptable, par la Caisse.