(Washington) L’économie américaine se remet de la crise provoquée par la pandémie de COVID-19, mais la vigueur de la reprise reste incertaine, a souligné mardi le patron de la Banque centrale américaine, peu après la publication d’indicateurs encourageants.

Delphine TOUITOU et Christophe VOGT
Agence France-Presse

« Une bonne partie de cette incertitude vient des incertitudes concernant l’évolution de la maladie et l’efficacité des mesures prises pour la maîtriser », a expliqué Jerome Powell, devant une commission du Sénat.

« Tant que la population n’est pas certaine qu’elle (la pandémie) est endiguée, il est peu probable que l’économie se remette complètement », a-t-il estimé.

Son vice-président, Richard Clarida, a relevé de son côté « l’incroyable incertitude entourant la profondeur et la durée de la récession ».

Deux indicateurs sont venus conforter l’idée que la reprise a pourtant bien démarré en mai après deux mois catastrophiques : les ventes au détail et la production industrielle.

Les ventes ont fait un bond spectaculaire de 17,7 % le mois dernier, près du double de ce qu’attendaient les analystes. Mais à 485,5  milliards de dollars, elles sont encore loin de leur niveau de prépandémie.  

« Les ventes sont inférieures d’environ 8 % à leur niveau de février, ce qui indique que la reprise de la consommation n’est que partielle à ce stade », ont ainsi résumé les économistes d’Oxford Economics.

Le président américain s’est toutefois félicité de ces chiffres et a dit s’attendre à « UNE EXCELLENTE JOURNÉE POUR LA BOURSE ET LES EMPLOIS » sur son compte Twitter.

Et en effet, Wall Street a fini dans le vert : le Dow Jones Industrial Average, a progressé de 2,04 % et le NASDAQ de 1,75 %.

S’agissant de la production industrielle, la Banque centrale américaine a fait état d’une hausse de 1,4 % en mai, après un mois d’avril signant le pire plongeon en plus d’un siècle (-12,5 %).

Pour autant, la reprise est moins forte qu’escomptée par les analystes qui tablaient sur une hausse de 3 %.

Et comme pour les ventes en détail, très inférieure à son niveau d’avant la pandémie, en février (-15,4 %).  

En mai, le marché de l’emploi a certes créé la surprise en reprenant des couleurs avec une baisse surprise du taux de chômage (13,3 % contre 14,7 %) et la création de 2,5 millions d’emplois quand les économistes attendaient une nouvelle dégradation.

Mais Jerome Powell a averti que le niveau d’emploi reste lui aussi bien inférieur à celui de février quand le taux de chômage était à son plus bas en 50 ans (3,5 %).

En outre, la première économie du monde a perdu quelque 20 millions d’emplois depuis le mois de février et la contraction inévitable du Produit intérieur brut au deuxième trimestre « sera sans doute la pire jamais enregistrée », a prévenu le patron de la Fed.

Appel commun pour un nouveau plan

Depuis des semaines, il fait part de son inquiétude à ce sujet, tempérant l’optimisme de la Maison-Blanche et de son administration qui tablent sur une reprise forte aux troisième et quatrième trimestres.

Jerome Powell met en avant la possibilité que la crise sanitaire se poursuive et le fait qu’elle aggrave les inégalités.  

Dans un tel contexte, les petites et moyennes entreprises ne pourraient y survivre, malgré les différentes mesures d’aide d’urgence mises en place à la fois par la Fed et le gouvernement.  

Le chômage pourrait ainsi rester élevé pendant longtemps.

Dans ce qui semble un appel à faire plus en matière de relance, il a souligné que les actions de la Fed « sont seulement une partie de la réponse plus large du secteur public ».

Et, le soutien que seul le Congrès peut apporter « peut faire toute la différence, pas seulement en aidant les familles et les entreprises dans le besoin, mais aussi en limitant les effets néfastes à long terme sur l’économie », a-t-il expliqué.

Deux de ses prédécesseurs, Ben Bernanke, qui a dirigé la Fed pendant la crise financière et Janet Yellen qui lui a succédé, ont été plus directs dans une lettre envoyée au Congrès pour réclamer plus de mesures de relance et signée par plus d’une centaine d’économistes.

« Le Congrès doit approuver un nouveau programme de relance économique avant que la plupart des mesures du CARE Act (un plan de relance de plus de 2200 milliards de dollars en cours) n’arrivent à expiration cet été », enjoignent les signataires.