(Washington) La résurgence de cas de COVID-19 dans plusieurs régions des États-Unis fait craindre une deuxième vague bien plus dommageable qui viendrait ralentir la lente reprise économique au moment même où l’emploi reprend quelques couleurs.

Julie CHABANAS
Agence France-Presse

La crainte d’une deuxième vague fait trembler entrepreneurs et investisseurs, mais « nous ne pouvons pas fermer l’économie de nouveau », a prévenu le secrétaire américain au Trésor Steven Mnuchin, interrogé sur la chaîne CNBC.

« Je pense que nous avons appris que si vous arrêtez l’économie, vous créez plus de dégâts », a-t-il ajouté, évoquant les « dommages économiques », mais aussi les difficultés sur le plan médical, « et tout le reste ».

L’économie américaine est en récession depuis février, conséquence directe des mesures de confinement et de la mise à l’arrêt de pans entiers de secteurs économiques.

Steven Mnuchin a assuré que la capacité de tests et des hôpitaux était désormais suffisante pour éviter un nouveau confinement.  

Après avoir atteint un plateau, les États-Unis, qui ont enregistré plus de 113 000 décès, font face à une hausse des cas recensés dans plusieurs États dont l’activité a redémarré dès le mois d’avril, comme la Géorgie.  

Au Texas et en Caroline du Nord, il y a plus de malades de la COVID-19 hospitalisés qu’il y a un mois. L’Arizona, la Floride ou la Californie montrent aussi des signes inquiétants.

Dans l’Arkansas, l’hôpital Washington de Fayetteville a publié un communiqué mercredi, rapportant plus qu’un triplement du nombre de malades de la COVID-19 hospitalisés, pas seulement en raison de l’augmentation du nombre de tests, mais « parce que plus de gens dans notre région sont infectés par le virus ».

Ces mauvaises nouvelles ont fait dégringoler Wall Street, qui a connu jeudi sa pire séance depuis son plongeon du mois de mars. Son indice vedette, le Dow Jones Industrial Average, a dégringolé de 6,90 %.

Trump critique la Fed

Cette résurgence du nombre de malades pourrait contrarier la lente reprise économique entamée par les États-Unis en mettant à mal un élément clé : la confiance.

En cas de deuxième vague, « vous pourriez constater une perte de confiance du public dans des secteurs de l’économie déjà lents à se rétablir. Cela pourrait nuire à la reprise même si vous n’avez pas de pandémie au niveau national », seulement localement, a souligné mercredi le président de la Réserve fédérale américaine (Fed) Jerome Powell.

La Fed s’attend à une chute du produit intérieur brut de 6,5 % en 2020, avant un fort rebond de 5 % en 2021. En décembre, elle prévoyait une croissance de 2 % cette année et de 1,9 % l’an prochain.

« La Réserve fédérale se trompe si souvent. […] Nous aurons un très bon troisième trimestre, un excellent quatrième trimestre et l’une de nos meilleures années en 2021 », a tweeté jeudi matin le président Donald Trump, renouant avec ses critiques envers la Fed, dont il est coutumier.

Son conseiller économique Larry Kudlow a de son côté conseillé à Jerome Powell de sourire davantage et de faire montre d’« un peu plus d’optimisme ».  

« Je vais lui parler et nous ferons un peu de media training », a-t-il ironisé sur la chaîne Fox Business.

Larry Kudlow juge par ailleurs nécessaire de « mettre sur pied autant d’aides budgétaires que possible pour l’avenir, afin que nous puissions revenir là où nous étions l’hiver dernier », lorsque la première économie du monde affichait une santé de fer.

Moins d’inscriptions au chômage

La situation s’améliore doucement sur le front de l’emploi.

La semaine passée, un peu plus de 1,5 million d’Américains ont pointé au chômage, un niveau toujours sept fois plus élevé qu’avant la crise, mais bien inférieur au record historique de 6,8 millions de demandes enregistré la dernière semaine de mars, selon les chiffres publiés jeudi par le département du Travail.

Et 20,9 millions de personnes touchaient une allocation chômage au cours de la dernière semaine de mai, en légère baisse.

La situation « avance dans la bonne direction, mais lentement. Le choc de la pandémie de coronavirus sur le marché du travail persiste », ont relevé les analystes de Barclays dans une note.

Selon la Fed, le taux de chômage sera de 9,3 % en 2020, puis reculera lentement, à 6,5 % en 2021 et à 5,5 % en 2022. Soit près du double de son niveau d’avant la pandémie.