Quand le fonds souverain de la Norvège a annoncé en mai dernier qu’il avait vendu toutes ses actions d’entreprises pétrolières canadiennes, beaucoup de monde a applaudi. Pas les entreprises visées, Suncor, Canadian Natural Resources, Cenovus et Imperial Oil, bien sûr.

Hélène Baril Hélène Baril
La Presse

Citant un niveau d’émissions inacceptable à l’appui de sa décision, le plus important fonds souverain du monde a vendu à la fin de 2019 les actions d’une valeur d’un peu plus de 1 milliard qu’il détenait encore dans ces entreprises.

Ce n’est pas une surprise, dans la mesure où le fonds souverain norvégien avait déjà fait part dès 2017 de son intention de réduire ses investissements dans le secteur des énergies fossiles. C’est une décision avisée. Pour un fonds alimenté exclusivement par la production de pétrole et de gaz, il est préférable de se diversifier et de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier.

En même temps, Equinor, le producteur de pétrole norvégien contrôlé lui aussi par l’État, ne renonce pas à la manne pétrolière. Loin de là, et ça fait rager l’industrie pétrolière canadienne.

L’entreprise connue auparavant sous le nom de Statoil a entrepris un programme d’expansion qui doit lui permettre d’augmenter sa production de pétrole et de gaz au cours des prochaines années.

Equinor continue d’exploiter du pétrole un peu partout dans le monde. Au Canada, l’entreprise est partenaire de Suncor et d’Exxon Mobil dans les installations de production pétrolières au large de Terre-Neuve.

En Norvège, un gisement géant a été mis en exploitation en mer du Nord à la fin de 2019. Baptisé Johan Sverdrup, il contient 2,7 milliards de barils de pétrole, assez pour assurer son exploitation pendant 50 ans. Et pour continuer de déverser des milliards dans les coffres du fonds souverain, déjà riche de 1000 milliards US.

Les activités d’exploration se poursuivent, et le pays estime que ses ressources encore inexploitées sont suffisantes pour assurer un niveau d’activités pétrolières élevé jusqu’en 2070.

Grâce aux revenus du pétrole, la Norvège a un des niveaux de vie les plus élevés au monde. Le secteur représente 16 % du produit intérieur brut du pays et plus de 50 % de ses exportations.

Du pétrole propre ?

Extraire le pétrole des sables bitumineux, comme on le fait au Canada, est une activité éminemment polluante. La production de pétrole canadienne émet plus de gaz à effet de serre que la production de pétrole traditionnelle.

Mais il n’y a pas de pétrole propre. Le pétrole norvégien est tiré des profondeurs de la mer du Nord, et son extraction perturbe aussi l’environnement, même si c’est moins visible. Le champ Johan Sverdrup est alimenté par de l’énergie renouvelable, ce qui réduit les émissions liées à la production de pétrole. Mais ce n’est pas la production qui pollue le plus, c’est la combustion du pétrole, c’est-à-dire sa consommation par les entreprises, les voitures et les avions.

La Norvège affiche un bilan exemplaire en matière d’environnement, qui fait l’envie de beaucoup de pays. L’essence y est surtaxée, l’achat de véhicules électriques encouragé, et ses objectifs de réduction d’émissions de gaz à effet de serre sont ambitieux.

Mais si le pays peut afficher un tel bilan, c’est parce qu’il est avantagé par la nature. Comme le Québec, il dispose d’importantes ressources d’énergie renouvelable, surtout hydroélectriques, qui font que ses habitants consomment peu de pétrole et de gaz.

Presque toute l’énergie fossile que le pays produit peut donc être exportée, de même que les émissions qui viennent avec, qui sont comptabilisées ailleurs.

Les revenus du pétrole, mais sans les inconvénients. Qui dit mieux ?