(New York) Donald Trump a promis mardi de venir en aide à la filière gaz et pétrole, ravagée par la chute vertigineuse des prix du baril de pétrole, la faillite guettant des centaines d’entreprises déjà lourdement endettées.

Juliette MICHEL
Agence France-Presse

« Jamais nous ne laisserons tomber notre grande filière américaine du pétrole et du gaz », a assuré le président américain dans un tweet.

Il veut donc mettre des « fonds à disposition pour que ces entreprises très importantes et les emplois soient garantis pour longtemps à l’avenir ».

M. Trump n’a pas précisé combien d’argent ni quelles entreprises pourraient y prétendre.

« Le président est déterminé. Nous voulons conserver notre indépendance énergétique et le président m’a demandé d’étudier toutes les options », a dit le secrétaire au Trésor, Steven Mnuchin, mardi soir.

L’ensemble du secteur des hydrocarbures souffre de la pandémie. Avec les mesures de confinement imposées pour enrayer la propagation de la COVID-19, les transports comme les usines se sont figés. La demande en essence ou en kérosène s’est effondrée.  

Mais la production met du temps à s’ajuster. Surtout aux États-Unis où le secteur de l’énergie est fragmenté en une multitude de petites et grosses compagnies qui n’ont, au nom des lois sur la concurrence, pas le droit de se coordonner.

Résultat : les réserves explosent. Et faute d’espaces de stockage suffisants aux États-Unis, certains investisseurs ont été contraints de payer pour se débarrasser des barils de WTI coté à New York qu’ils détenaient sur papier et qui risquaient de se matérialiser dans leurs arrière-cours s’ils ne s’en séparaient pas à temps.  

Cette qualité de brut a clôturé lundi à-37,63 dollars le baril.

Les autres contrats de WTI ou de Brent, coté à Londres, ont aussi perdu plus des deux tiers de leur valeur depuis le début de l’année.  

Si les investisseurs semblent miser sur un redressement des cours dans les mois à venir, la situation est loin d’être encourageante, selon Stewart Glickman du cabinet CFRA.  

« Le contrat pour livraison en avril 2021 affiche un prix de 33 dollars environ, ce qui est en dessous du niveau de rentabilité pour de nombreuses compagnies d’exploration et production », explique-t-il à l’AFP. « Celles qui survivront sont celles qui ont les reins financiers les plus solides ».

Les entreprises du secteur ont en effet largement profité des taux d’intérêt très faibles ces dernières années et de la volonté des acteurs financiers à leur prêter de l’argent pour s’endetter massivement. Ce qui a permis aux États-Unis de devenir le premier producteur mondial d’or noir.

Petits producteurs

Mais où trouver de l’argent actuellement pour rembourser les emprunts ?

« Pour survivre, elles peuvent émettre de nouvelles actions, mais leur prix est tellement bas actuellement que cela ne vaut pas le coup », indique M. Glicksman.  

« Elles peuvent émettre des obligations, mais elles sont en concurrence avec tellement d’autres entreprises qu’il leur faudrait accepter un niveau absurde d’intérêt. Elles peuvent aussi emprunter auprès des banques qui prennent en garantie leurs réserves de pétrole, mais ces dernières ne valent pas grand-chose actuellement », ajoute-t-il.

Les premières victimes seront probablement selon lui les tout petits producteurs, qui extraient chaque jour 10 à 15 barils. « Il y en a des milliers à travers les États-Unis qui au total représentent environ 8 % à 10 % de la production américaine de brut ».  

« Ensuite il y aura les compagnies cotées en Bourse dont le ratio entre dette et capital est à 35 % ou plus » et qui pourraient avoir du mal à rembourser les intérêts.  

« Le secteur de l’exploration et de la production est tellement endetté aux États-Unis que les prix actuels vont probablement créer le plus grand nombre de dépôts de bilan jamais enregistré dans l’histoire moderne », avait pour sa part écrit le cabinet Rystad dans une note début avril.  

Sur les 9000 entreprises du secteur, si le baril reste à 20 dollars, environ 140 pourraient faire faillite en 2020 et près de 400 en 2021, avaient alors prédit ses experts.  

Whiting Petroleum Corporation, spécialisée dans les gisements de schiste dans le Dakota du Nord et dans le Colorado, a déjà déposé le bilan fin avril. Et plusieurs grandes majors pétrolières ont drastiquement révisé à la baisse leurs dépenses.

Du côté des raffineries, qui achètent du brut pour le transformer, les bas prix ne font pas forcément les bonnes affaires, remarque Marc Amons du cabinet Wood Mackenzie.  

La chute de la demande en essence et kérosène a « fait baisser fortement les marges des raffineurs et ils ont en conséquence abaissé les volumes raffinés », explique-t-il.  

Les raffineries ont ainsi drastiquement abaissé leur cadence et travaillent maintenant à 60 % ou 70 % de leurs capacités, là où habituellement, à l’approche des grands déplacements des vacances d’été, elles sont à plus de 90 %.

Mais elles ne comptent probablement pas spécialement sur des aides du gouvernement pour s’en sortir, avance M. Amons. Comme le reste du secteur, « elles attendent surtout une reprise de la demande au fur et à mesure que les mesures de restriction vont être levées. »