La Caisse de dépôt et placement du Québec met 4 milliards dans une enveloppe qui servira à appuyer les entreprises québécoises temporairement affectées par la COVID-19.

André Dubuc André Dubuc
La Presse

Cette enveloppe vise à répondre aux besoins spécifiques de liquidité des entreprises répondant à des critères précis, qu’elles soient déjà en portefeuille ou non. L’aide prendra diverses formes. « Nous serons créatifs », assure, dans un entretien Charles Émond, patron de l’institution.

« Nous pourrions prêter des fonds d’urgence à une entreprise qui a des enjeux de liquidités, pour ensuite, convertir ce prêt en capital-actions une fois rendu à l’étape de la relance de l’économie », donne-t-il en exemple. Tout sera sur la table, mais la préoccupation de tirer un rendement à long terme pour les déposants continuera de guider les actions de la Caisse », dit-il.

La Caisse intervient auprès des entreprises de moyenne et de grande taille puisque le financement minimal est fixé à 5 millions.

Ce choix a été fait en fonction de la capacité de traitement des demandes par le personnel de la Caisse et dans un souci de complémentarité avec ce que les autorités ont annoncé jusqu’à présent.

Les entreprises se qualifiant devaient être rentables avant la crise liée à la COVID-19, présentent des perspectives de croissance prometteuses dans leur secteur, précise la Caisse dans un communiqué. Les investissements réalisés permettront à ces entreprises de traverser la présente période de turbulences jusqu’à la reprise économique, mais aussi de soutenir et propulser leur plan de relance une fois la crise terminée.

La Caisse compte 750 entreprises québécoises en portefeuille, dont 650 PME.

« Il est essentiel pour la Caisse de participer à l’effort collectif dans le contexte de la crise liée à la COVID-19. L’enveloppe ainsi que l’accompagnement personnalisé qu’offrent nos équipes aux entreprises en portefeuille représentent une contribution importante à l’économie québécoise dans ce contexte difficile, mais temporaire. Cette initiative illustre bien l’exercice de notre double mission de répondre aux besoins de nos déposants et d’appuyer nos entreprises et l’économie du Québec », a souligné Charles Emond.

Les entreprises souhaitant déposer une demande de financement sont invitées à remplir un formulaire. Une fois ce formulaire reçu, un premier contact téléphonique sera effectué avec elles afin d’effectuer une évaluation de la demande.

Contribution communautaire

La Caisse donne un coup de pouce à la collectivité en versant une contribution financière de 300 000 $, répartie entre cinq organisations : le Fonds d’urgence de Centraide ; la Croix-Rouge ; les Petits Frères intervenant particulièrement auprès des aînés ; Tel-jeunes ; et Alloprof.

Gel des salaires et report de la rémunération variable

Les salaires en 2020 sont gelés au niveau de 2019, annonce la Caisse. Les cadres intermédiaires et supérieurs conservent leur boni de 2019, mais son versement est reporté au troisième trimestre. Pour ce qui est de la haute direction, les bonis devant être versés aux membres du comité de direction sont plutôt remis dans un compte qui fluctuera en fonction des résultats financiers de la Caisse au cours des trois prochains exercices.

Trois questions à Charles Émond, patron de la Caisse de dépôt et placement du Québec

La Presse Affaires : Les problèmes financiers du Cirque du Soleil ont frappé l’imaginaire. Est-ce un cas d’espèce ou le canari dans la mine, annonciateur d’autres déconvenues majeures ?

Charles Émond : Je ne peux pas prédire l’avenir. La gravité des conséquences dépendra de la durée de l’arrêt de l’économie. Est-ce que d’autres entreprises seront en difficultés ? Sans doute que oui. Combien ? On verra. Le fonds de 4 milliards que nous annonçons aujourd’hui pourra servir. Pour ce qui est du Cirque du Soleil, c’est une entreprise importante dans le portefeuille de la Caisse et on continuera de travailler avec eux.

LPA : Êtes-vous en discussions avec les gouvernements pour préparer un plan de sauvetage, de type bailout, auprès de grosses corporations frappées de plein fouet par la crise, pensons au secteur pétrolier, au transport aérien ou autre et au monde du divertissement ?

C. É. : Nous sommes en discussions très étroites avec les grandes entreprises que nous avons en portefeuille et que vous avez nommées comme Cirque du Soleil ou Bombardier et d’autres également. Nous faisons une vigie encore plus serrée que d’habitude. Nous sommes ouverts à trouver des solutions constructives pour les entreprises qui en font la demande. Pour ce qui est des discussions avec les gouvernements, nous en avons sur plusieurs fronts. Ils nous demandent des conseils sur le type de mesures d’aide à mettre en œuvre par exemple. Ils nous demandent de leur donner le pouls des entreprises avec lesquelles nous avons des discussions. Le but est de coordonner nos actions avec celles des autres acteurs institutionnels, dont au premier chef Investissement Québec. L’objectif reste que les interventions se fassent en complémentarité les unes avec les autres.

LPA : Le précédent patron, Michael Sabia, répétait que la Caisse de dépôt serait prête lors d’un prochain recul des marchés financiers. On est en plein dedans. Est-ce que la Caisse est active à la Bourse depuis le début de la crise ?

C.É. : Nous vivons une crise planétaire de grande ampleur. C’est un moment particulier et historique. Nous restons un investisseur de long terme. La Caisse n’a aucune inquiétude à l’égard de ses liquidités et dispose de la marge de manœuvre pour passer au travers de la crise. Pour ce qui est de nos activités sur les marchés financiers, nous agissons prudemment et graduellement, puisque la visibilité sur les marchés est moins grande que d’habitude.