(Washington) L’administration Trump a de nouveau échoué lundi à se mettre d’accord avec les élus démocrates et républicains du Sénat sur un très attendu plan de soutien massif à l’économie américaine ravagée par la pandémie de coronavirus.

Julie CHABANAS
Agence France-Presse

Les élus démocrates ont, comme dimanche, rejeté les mesures proposées par les républicains, et la motion, qui aurait permis un vote rapide sur le texte, n’a recueilli que 49 voix sur les 60 nécessaires. Ce projet de loi vise à mobiliser près de 2000 milliards de dollars.

Les tractations se poursuivaient en coulisses entre la majorité républicaine et la minorité démocrate, pourtant d’accord sur l’urgence de la situation, alors que la première économie mondiale est probablement déjà entrée en récession.

L’opposition, échaudée par les excès des bénéficiaires du plan de sauvetage de la crise de 2008, réclamait notamment à l’administration Trump une supervision accrue des prêts accordés aux grandes entreprises, qui ressemblent plus selon eux à des cadeaux aux dirigeants.

Le secrétaire au Trésor Steven Mnuchin avait assuré lundi matin que les mesures bénéficieront aux travailleurs et ne comprendront pas « de plan de sauvetage » pour des entreprises telles que les compagnies aériennes, face aux critiques des démocrates.

Il avait ajouté qu’il y avait en revanche « une disposition spéciale » pour les compagnies aériennes, soulignant que le transport aérien était une industrie stratégique pour la sécurité nationale du pays.

Le géant Boeing a pour sa part suspendu pour 14 jours sa production de longs courriers dans l’État de Washington (nord-ouest), épicentre du virus aux États-Unis, tandis que General Electrics, qui fabrique notamment des moteurs d’avions pour le géant américain, supprime 10 % de ses effectifs aux États-Unis dans la division aviation, soit 2600 personnes, et que des coupes devraient suivre dans d’autres pays.

Chambre basse

Lorsqu’il aura été voté au Sénat, ce plan d’aide devra être approuvé par la Chambre des représentants, contrôlée par les démocrates, avant de pouvoir être promulgué par le président républicain.

Plus d’un tiers des Américains étaient confinés à des degrés divers, notamment dans les trois plus grandes villes du pays : New York, Los Angeles et Chicago.

Donald Trump s’était, de son côté, inquiété lundi matin des effets des mesures de confinement sur la première économie mondiale : « il faut aplatir la courbe (des contaminations), PAS l’économie », a-t-il tweeté, parmi d’autres messages accréditant l’idée qu’il était favorable à un assouplissement, plutôt qu’à un durcissement.

La Bourse de New York était au plus bas lundi avant le rejet de ce vote par le Sénat, et a plongé plus profond après. À 18 h 15 GMT, le Dow Jones perdait 2,85 % et le NASDAQ 0,68 %.

« Montant nécessaire »

La Banque centrale américaine a quant à elle pris lundi matin de nouvelles mesures pour donner un peu d’oxygène à des entreprises asphyxiées par l’arrêt brutal de l’activité dans de nombreux secteurs, en raison des restrictions visant à arrêter la propagation du virus.

Ainsi, elle a décidé de ne plus fixer de montant maximum à ses rachats de dette américaine, qu’elle a récemment repris de façon massive, comme elle l’avait fait face à la crise économique de 2008.

La Fed a ainsi annoncé lundi qu’elle procèdera à des achats de bons du Trésor et titres hypothécaires « d’un montant nécessaire pour favoriser le bon fonctionnement du marché ».

En parallèle, la Fed continue ses actions de soutien aux entreprises, qui souffrent énormément de la mise à l’arrêt de l’activité pour tenter d’endiguer la pandémie.

Elle a aussi promis de mettre « bientôt en place un programme de prêts aux petites et moyennes entreprises », qui constituent l’essentiel du tissu économique américain, ainsi qu’aux collectivités locales.

Cela fait partie d’un « ensemble de mesures prises avec la Banque centrale pour avoir jusqu’à 4000 milliards de dollars en soutien à l’économie », annoncé dimanche par le secrétaire au Trésor, Steven Mnuchin.

4000 milliards de dollars représentent environ un cinquième de la richesse annuelle produite par l’économie américaine.

« Il s’agit d’un effort tous azimuts pour faire en sorte que les entreprises puissent continuer d’exister même si l’activité économique s’effondre temporairement. La Fed est désormais le prêteur direct de dernier recours à l’économie réelle, et pas seulement au système financier », analyse Ian Shepherdson, chef économiste de Pantheon Macroeconomics.

Le virus avait infecté lundi plus de 41 000 personnes aux États-Unis et fait 573 morts, selon le comptage de l’université Johns Hopkins, qui fait référence.