(Montréal) Les entrepreneurs en construction trouvent « extrême » la demande de suspension des chantiers formulée par les deux plus grandes organisations syndicales de la construction, à cause du coronavirus. Et plusieurs affirment prendre déjà des mesures pour mieux protéger les travailleurs.

Lia Lévesque
La Presse canadienne

Mercredi, la FTQ-Construction et le Conseil provincial du Québec des métiers de la construction (International) ont adressé une lettre conjointe au premier ministre François Legault, lui demandant d’ordonner de suspendre temporairement les chantiers de construction, le temps de trouver des moyens pour que le travail puisse s’y faire en respectant les conditions sanitaires prescrites à tous par la Santé publique.

Dans bien des chantiers en effet, les ouvriers ne peuvent se laver les mains avec de l’eau et du savon, n’ont pas accès à une toilette avec de l’eau courante. Dans certains cas, il leur est impossible de respecter la distance prescrite d’au moins un mètre entre chaque personne. Parfois aussi, ils doivent partager des outils.

Jeudi, l’Association des entrepreneurs en construction du Québec a répondu que les employeurs faisaient ce qu’ils pouvaient « pour assurer la conformité des chantiers aux directives » de la Direction de la santé publique.

« Dans ce contexte, il nous apparaît que la demande de fermeture des chantiers formulée par les syndicats majoritaires constitue une mesure extrême, qui aurait pour effet de priver de travail les milliers de citoyens responsables, travailleurs et employeurs de l’industrie, qui s’appliquent, depuis le début de la crise, à rendre les chantiers conformes aux mesures recommandées par les autorités publiques », écrit l’AECQ dans un communiqué.

En conférence de presse, le premier ministre François Legault a indiqué s’être entretenu mercredi avec les représentants syndicaux. Il a réitéré le fait que l’économie devait tout de même continuer à fonctionner, même si c’est au ralenti.

Toutefois, il a rappelé qu’il fallait voir à garder une distance d’un mètre entre les personnes pour freiner la propagation du coronavirus.

Pour ce qui est des chantiers de construction, « il faut faire une différence entre le travail et s’ils s’assoient à une même table pour manger. Ils ont besoin d’avoir un endroit pour se laver les mains », a-t-il répondu à une question posée en anglais.

Du côté de la Corporation des entrepreneurs généraux du Québec, le président-directeur général, Éric Côté, a affirmé qu’il « devient essentiel pour maintenir l’activité sur nos chantiers de mettre en place des mesures additionnelles de prévention ».

Il a fait parvenir à ses entrepreneurs membres un guide qui énonce plusieurs mesures, parmi lesquelles le nettoyage régulier des équipements de chantier (poignées de porte, radios partagées, machines à café, mains courantes, leviers de réservoir de toilettes), de même que l’ajout de stations de lavage des mains près des toilettes chimiques ou « au moins des désinfectants pour les mains à l’extérieur ».

Des affiches sur le lavage sécuritaire des mains doivent également être placées près des toilettes.

L’Association des professionnels de la construction et de l’habitation du Québec (APCHQ) a également annoncé jeudi avoir conclu une entente avec l’Association québécoise de la quincaillerie et des matériaux de construction, afin de fournir le matériel nécessaire, comme des cuves, distributeurs de savon, robinets, seaux de récupération et du matériel d’entretien.