(New York) Du jour au lendemain, la pandémie de coronavirus a fait passer les États-Unis du statut de temple du consumérisme à celui de zone retranchée, où la distanciation est le principal mot d’ordre.

John BIERS
Agence France-Presse

La crise met à l’épreuve l’ensemble des détaillants américains, contraignant de nombreux groupes, comme Apple et Nike, à fermer temporairement leurs magasins, tandis que des consommateurs paniqués se ruent dans de grandes chaînes de distribution, telles Walmart ou Costco, pour faire des stocks.

Selon la plupart des spécialistes, l’impact économique du coronavirus va peser sur les revenus de la vente au détail, précipitant le déclin d’un secteur déjà à la peine avant la crise sanitaire mondiale.

« Des bilans comptables moins bons et une pression incessante sur les prix vont continuer à faire baisser les notes des petits détaillants en manque de liquidités et à les faire s’approcher du défaut de paiement », a indiqué Mickey Chadha, chef analyste crédit chez Moody’s, dans une note aux investisseurs mardi.

« Cela va être aggravé par les bouleversements provoqués par la pandémie de coronavirus. Il existe une différence très nette entre ceux qui ont la capacité de surmonter un environnement opérationnel difficile et ceux qui ne l’ont pas », ajoute M. Chadha.

Les États-Unis ont préparé un plan de relance massif, a annoncé mardi le président Donald Trump. L’objectif est d’éviter que la première économie du monde ne soit emportée par la pandémie de coronavirus. Ce plan pourrait dépasser 1000 milliards de dollars, selon des médias américains.

Fermetures

Les groupes qui ont provisoirement baissé le rideau sont, dans leur grande majorité, des marques bien établies, qui pourront survivre la crise, observent les analystes.  

C’est le cas d’Apple, dont la réponse au coronavirus coïncide avec l’évolution de la pandémie.

Le géant californien a ainsi fermé toutes ses enseignes en Chine début février avant de les rouvrir le weekend dernier. Mais en même temps, la marque à la pomme a décrété la fermeture de ses autres magasins dans le monde jusqu’au 27 mars face à la propagation du virus, notamment en Europe et en Amérique du Nord.  

« La meilleure façon de minimiser le risque de transmission du virus est de réduire la densité et de maximiser la distanciation », a souligné le patron d’Apple, Tim Cook, lors de l’annonce de la fermeture des magasins en dehors de Chine, précisant que les boutiques en ligne resteraient ouvertes.

Le cybercommerce pas épargné

La pandémie va sans doute profiter au commerce en ligne.  Lundi soir, Amazon a ainsi annoncé l’embauche de 100 000 employés d’entrepôt pour faire face à l’explosion de la demande.  

Toutefois, des analystes préviennent que les réseaux de distribution et de livraison en ligne ne seront pas épargnés par les complications liées au virus.  

« Tous les secteurs de l’économie et de la chaîne d’approvisionnement sont vulnérables », explique Neil Saunders, directeur de GlobalData Retail.

« Cela concerne les services de livraison et les commandes en ligne », précise M. Saunders, qui dit s’attendre à un affaiblissement des dépenses des consommateurs.

Pour Jan Rogers Kniffen, spécialiste du secteur du détail, la plupart des vendeurs n’ont pas de plan en cas de perturbation majeure des chaînes d’approvisionnement du commerce en ligne. Dans un tel scénario, la Garde nationale américaine pourrait être déployée pour livrer les biens de première nécessité.

M. Kniffen observe par ailleurs que les grands magasins risquent de souffrir le plus de l’impact du coronavirus avec la chute de la fréquentation des centres commerciaux.

« Quand Apple dit qu’ils vont fermer, c’est la moitié de la fréquentation des centres commerciaux aux États-Unis », souligne l’expert.

Les grands groupes de logistique et de livraisons, comme FedEx ou UPS, continuent de fonctionner, mais sont soumis comme le reste des entreprises au ralentissement de l’activité et aux restrictions imposées par de nombreux États.