Au Québec comme ailleurs, l’émergence du coronavirus en Chine suscite les craintes d’un ralentissement des échanges commerciaux, mais les différents coups de sonde de La Presse laissent croire que la crise n’aura pas d’impact ici. Quant à l’échelle planétaire, s’il est « prématuré » d’en mesurer les conséquences, comme le dit le Fonds monétaire international, il n’en demeure pas moins que de nombreuses entreprises pourraient être pénalisées.

Marie-Eve Fournier
Marie-Eve Fournier La Presse
Jean-François Codère
Jean-François Codère La Presse
Nathaëlle Morissette
Nathaëlle Morissette La Presse

Fruits et légumes

Continuerons-nous de retrouver des pois mange-tout, des pois sucrés, de l’ail et des pomelos cultivés en Chine dans nos supermarchés comme si de rien n’était ? « Si moins de personnes retournent au travail [après le congé du Nouvel An], on pourrait avoir un problème d’approvisionnement », répond Alex Yip, vice-président de la chaîne asiatique Kim Phat. En manque de main-d’œuvre, la Chine pourrait devoir réduire ses exportations d’aliments, ce qui se traduirait forcément par des hausses de prix, explique le dirigeant. Du côté des grossistes Courchesne Larose et Gaétan Bono, le coronavirus ne devrait pas avoir d’impact important, car on importe très peu de légumes chinois. Ceux-ci ont mauvaise presse et sont de moins en moins appréciés, justifie-t-on. Quant aux pomelos, il s’en vend assez peu au Québec et, belle coïncidence, la saison des poires se termine ces jours-ci.

Pêcheries

Les crevettes, l’aiglefin et la morue transformés en Chine ne devraient pas disparaître des comptoirs des poissonneries et des menus des restaurants. Les poissonneries Odessa, qui vendent des crevettes chinoises, n’ont pas besoin d’être ravitaillées, fait savoir Émilie Robillard, directrice du marketing. Le groupe commande des crevettes congelées deux ou trois fois par année. De con côté, Pêcheries Océanic, entreprise importatrice de poissons, n’a pas reçu d’informations selon lesquelles il serait plus difficile de commander des produits de la mer en provenance de Chine, confirme le propriétaire, Marc-Antoine Fortier. Il rappelle que le poisson qui arrive ici n’est généralement pas pêché en Chine, mais transformé là-bas. Le poisson blanc congelé qu’il commande prend plus d’un mois à arriver au Québec.

Transport

Les bateaux en provenance de Chine sont « très rares » à Montréal, explique Mélanie Nadeau, porte-parole du Port de Montréal, plus important point d’importation de produits chinois au Québec. La propagation du virus n’a donc pas eu d’impact encore sur les activités. La marchandise en provenance de Chine transite généralement plutôt par les ports de la côte Ouest ou arrive au port de Montréal après avoir été transbordée en Europe. Le trajet peut prendre plus de 20 jours, ce qui limite les risques de contamination. Il n’y a pas non plus d’avions-cargos qui se posent directement à Mirabel en provenance de Chine, a indiqué la directrice des affaires corporatives d’Aéroports de Montréal, Anne-Sophie Hamel-Longtin. Des avions de passagers d’Air China peuvent transporter des marchandises cargo à l’aéroport Trudeau. Air Canada a de son côté suspendu ses vols directs entre le Canada et la Chine.

Porcs

La Chine est le principal pays acheteur de porc québécois, devant les États-Unis et le Japon. Or, l’incertitude entourant le coronavirus, la fermeture des magasins et des marchés et le fait que certaines villes tournent au ralenti ont eu un effet direct sur les commandes futures de porc, nous dit le président des Éleveurs de porcs du Québec, David Duval. « Les Chinois ne se positionnent pas sur l’achat de viande, car ils ne savent pas quelle sera la situation dans trois mois, explique-t-il. Mais vont-ils arriver à la dernière minute au mois de juin et nous dire qu’ils en prendraient 100 000 tonnes ? On ne le sait pas. » S’il reconnaît que le virus rend la planification plus difficile, M. Duval dit avoir bon espoir de voir les commandes futures reprendre. « Ils vont avoir besoin de viande. Ils ne changeront pas toute leur alimentation. »

Fonds monétaire international

Signe que le sujet est sensible, le porte-parole du Fonds monétaire international a expliqué jeudi que l’institution examinait les indicateurs économiques « en temps réel », même si c’est avant tout la Chine qui, pour le moment, subit les impacts « directs » de l’épidémie. « Si les chaînes d’approvisionnement mondiales étaient systématiquement affectées ou si les marchés financiers mondiaux étaient considérablement touchés par une incertitude croissante, alors évidemment, l’impact serait plus important », a-t-il ajouté, relevant un possible effet de contagion dans toute l’Asie.

Voyage et tourisme

Principal secteur touché pour l’heure : le transport et le tourisme. La Chine a décidé de fermer les portes de plusieurs de ses villes et a interdit les voyages organisés de ses ressortissants à l’intérieur du pays et vers l’étranger, pour tenter de contenir la contamination. Plusieurs compagnies aériennes, dont Air Canada, ont suspendu leurs vols vers la Chine continentale. La Russie a annoncé qu’elle fermerait vendredi ses 4250 km de frontière terrestre avec la Chine. Les activités touristiques ne sont pas en reste : Disney a fermé ses parcs d’attractions de Shanghai et de Hong Kong tandis que plusieurs compagnies maritimes, MSC Cruises, Costa Cruises et Royal Caribbean, ont annulé des croisières au départ de ports chinois.

Technologies

Le géant taïwanais Foxconn, principal fournisseur mondial de composants électroniques, ne rouvrira pas ses usines chinoises avant mi-février. Plusieurs entreprises technologiques dépendent de la société taïwanaise pour la fabrication d’objets de grande consommation, des appareils iPhone aux téléviseurs à écran plat en passant par les ordinateurs portables. « Nous sommes encore en train de collecter des données et nous surveillons cela de très près », a expliqué le patron d’Apple, Tim Cook. Il a précisé qu’Apple avait des fournisseurs de rechange. Pour tenir compte des incertitudes, Apple a toutefois donné une prévision de chiffre d’affaires pour son second trimestre plus large que d’habitude.

Industrie automobile

Wuhan, l’épicentre de l’épidémie de coronavirus, est une ville industrielle où se sont installés de nombreux groupes automobiles internationaux. General Motors, Fiat Chrysler et Ford Motor ont mis en place des restrictions pour leurs équipes, tandis que le pionnier de la voiture électrique Tesla a averti que le coronavirus pourrait perturber la montée en puissance de sa nouvelle usine géante à Shanghai. Renault, qui possède à Wuhan une usine de production et un centre de recherche et développement avec son partenaire Dongfeng, emploie sur place 2000 personnes. Quant à Nissan, il a commencé à rapatrier du personnel de Wuhan.

Consommation

Dans une Chine où l’épidémie perturbe les réseaux de distribution et où les prix des légumes s’envolent, certaines multinationales ont dû fermer tout ou partie de leurs enseignes. Starbucks, pour qui la Chine est le second marché mondial, a fermé la moitié de ses 4000 points de vente dans le pays. « Plusieurs centaines » de restaurants McDonald’s ont également gardé porte close dans la province du Hubei, dont Wuhan est la capitale ; 3000 autres restaurants restent ouverts. Pizza Hut ou encore KFC ont aussi connu des fermetures d’enseignes, imposées par leurs coentreprises chinoises respectives.

— Avec l'Agence France-Presse