(Londres) La Banque d’Angleterre a opté jeudi une nouvelle fois pour un maintien de son taux d’intérêt à 0,75 %, malgré de récents propos de responsables qui laissaient entrevoir une possible baisse, et tout en sabrant ses prévisions de croissance.

Kevin TRUBLET Agence France-Presse

L’institut monétaire a préféré le statu quo à la faveur d’un rebond de l’activité attendu en ce début d’année et d’une baisse de l’incertitude avec le Brexit, qui sera finalement acté vendredi soir.

« La croissance du PIB du Royaume-Uni est attendue en léger rebond début 2020 », notamment grâce à « une reprise de l’activité mondiale, une diminution des incertitudes du Brexit et des mesures de relances annoncées par le gouvernement », a justifié le Comité de politique monétaire (MPC) dans un compte-rendu de sa réunion publié jeudi.

Par conséquent, comme lors des deux précédentes réunions, sept membres sur neuf ont voté pour maintenir le taux d’intérêt à 0,75 %, à ce niveau depuis l’été 2018, les deux autres s’étant prononcés pour une baisse de 0,25 point.

Une décision qualifiée de « surprise » par nombre d’observateurs, comme le cabinet Deloitte.

Le gouverneur, Mark Carney, avait en effet déclaré il y a trois semaines entrevoir une « réduction » des incertitudes liées au Brexit tout en prévenant qu’un rebond de l’économie n’était « pas assuré ».

Ces déclarations, et celles d’autres responsables du comité de politique monétaire avaient amené nombre d’investisseurs à parier sur une baisse de taux jeudi.

D’autant que la BoE, elle-même, voit un ralentissement de l’activité au Royaume-Uni et modifie ses prévisions de croissance, ramenées de 1,2 % à 0,8 % pour cette année et à 1,4 % contre 1,7 % pour 2021.

Interrogé sur ses précédents propos, M. Carney s’est jutifié en relevant qu’il n’avait fait que décrire les débats qui existaient au sein du MPC.

« La Banque d’Angleterre a préféré garder des munitions plutôt que de faire une frappe préventive », constate Ayush Ansal, analyste de Crimson Black Capital.

L’institution a aussi justifié sa décision sur les taux en soulignant l’impact favorable de l’accord de phase 1 signé entre les États-Unis et la Chine, même si les tensions commerciales « demeurent élevées ».

Surveillance attentive

L’institution observe aussi « une persistance des incertitudes à moyen terme ».

Les membres du MPC vont donc « surveiller attentivement » les indicateurs économiques et n’écartent pas une politique monétaire plus accommodante si l’embellie observée début 2020 « devait ne pas durer ou si les prix restent relativement faibles ».

La Banque d’Angleterre, qui vise une inflation de l’ordre de 2 %, est en effet confrontée à un ralentissement de la hausse des prix à +1,3 % sur un an en décembre.  

Elle s’attend désormais à ce que l’inflation progresse moins vite qu’attendu : 1,4 % fin 2020, contre 1,5 % dans son rapport de novembre. Elle table toujours sur 2 % fin 2021.

La livre a profité de la décision, gagnant environ 0,5 % face au dollar, mais de manière plus surprenante, une partie de gains ont été enregistrés quelques secondes avant l’annonce.

Un mois après l’annonce d’une enquête pour soupçon de délit d’initié pour déterminer comment des fonds d’investissement auraient eu accès, via un fournisseur, à des enregistrements sonores de précédentes conférences de presse de la BoE, quelques secondes avant leur diffusion publique, ce mouvement « inhabituel » selon Jane Foley, analyste chez Rabobank, n’a pas manqué d’intriguer.

Mais « il n’est pas rare de voir des investisseurs devenir nerveux sur une annonce aussi importante et tenter de devancer la décision quelques secondes avant, déclenchant ainsi d’autres transactions électroniques », a relativisé auprès de l’AFP Fiona Cincotta, de Gain Capital.

Interrogé sur son bilan d’un peu plus de six ans à la tête de la BoE, et à l’issue de sa dernière décision de politique monétaire, M. Carney a par ailleurs assuré qu’il n’avait « pas de regrets ».  

Celui qui passera le relais mi-mars à Andrew Bailey s’était illustré ces derniers mois par ses positions à l’égard des cryptomonnaies et notamment du projet Libra mené par Facebook.  

Son engagement en faveur du climat lui a par ailleurs valu d’être nommé futur envoyé spécial de l’ONU, en remplacement de Michael Bloomberg.