L'annonce par Ottawa, dans son dernier budget, d'un nouveau crédit pouvant atteindre 5000 $ pour l'achat de véhicules électriques devait dynamiser les ventes. Pour l'instant, c'est complètement l'inverse qui se produit.

JEAN-FRANÇOIS CODÈRE LA PRESSE

« C'est une bonne nouvelle qui, actuellement, produit l'effet inverse de son objectif », constate le président-directeur général de la Corporation des concessionnaires automobiles du Québec, Robert Poëti.

« Au lieu de stimuler les ventes, elle les a complètement annulées. »

La Corporation a d'ailleurs acheminé hier aux bureaux des ministres fédéraux des Transports, Marc Garneau, et de l'Environnement, Catherine McKenna, une lettre pour leur faire part de cette préoccupation.

La situation « occasionne un coût financier aux concessionnaires qui doivent supporter leurs inventaires de véhicules zéro émission », note-t-on dans cette lettre.

La situation est bien perceptible chez Bourgeois Chevrolet, à Rawdon, le plus important vendeur de véhicules électriques au Québec.

« Normalement, en mars ou avril, on vendrait de 50 à 70 véhicules électriques par mois. Là, nous en avons vendu une quinzaine dans la première moitié de mars, et presque rien depuis. Les gens les réservent, mais ils attendent d'avoir des nouvelles avant d'en prendre possession. »

- Hugo Jeanson, propriétaire de Bourgeois Chevrolet, à Rawdon

Consommateurs en attente

C'est qu'au moment de présenter la nouvelle mesure dans son budget, il y a deux semaines, le gouvernement fédéral n'a fourni que très peu de détails et aucune date d'entrée en vigueur. Résultat : les acheteurs patientent.

« Les gens veulent profiter du 5000 $ et ils ont raison », note M. Poëti.

L'information disponible de façon officielle jusqu'à présent sur le programme tient en un seul paragraphe, contenu dans le principal document budgétaire dévoilé le 19 mars dernier.

« Afin d'encourager plus de Canadiens à acheter des véhicules zéro émission, le budget de 2019 propose de fournir 300 millions de dollars sur trois ans, à compter de 2019-2020, à Transports Canada pour mettre en place un nouvel incitatif fédéral pouvant atteindre 5000 $ pour l'achat de véhicules fonctionnant grâce à des batteries électriques ou des piles à hydrogène dont le prix de détail suggéré par le fabricant est de moins de 45 000 $ », peut-on lire.

Une seule nouvelle information a filtré depuis : la Chrysler Pacifica hybride, une minifourgonnette construire au Canada, mais qui aurait été exclue du programme en raison de son prix, y sera incluse. C'est le ministre de l'Innovation, Navdeep Bains, qui l'a annoncé, en réaction à une controverse naissante en Ontario.

Impossible pour le moment de connaître, par exemple, les critères qui donneront droit au plein montant de 5000 $, de savoir comment sera versé le crédit, s'il y aura des critères d'admissibilité liés au revenu, l'interaction possible avec les crédits provinciaux, etc.

Problèmes logistiques

La période de flottement actuelle a des conséquences importantes sur les concessionnaires, en particulier au Québec, selon M. Poëti.

« À cause de la très mauvaise décision du gouvernement de l'Ontario de supprimer leur crédit, l'ensemble de l'inventaire a été transféré au Québec. Il y en a donc qui sont pris avec de très gros inventaires qui ne sortent pas. Ça cause des problèmes de logistique. »

Au cabinet du ministre Garneau, on se disait hier « [conscient] de l'importance du programme, et on a l'intention d'agir rapidement ». On se disait toutefois incapable de fournir un échéancier précis.

La mesure n'a pas besoin d'être approuvée en Chambre autrement que par un vote sur le budget lui-même. Il y a toutefois des procédures à suivre, rappelle-t-on.

« C'était impossible de se présenter au Conseil du Trésor pour discuter des modalités avant d'avoir une enveloppe. Il y a énormément de travail qui se fait en ce moment. »