Avec l’arrivée du printemps, le crabe des neiges fait son entrée dans le comptoir des poissonneries et sera suivi d’ici quelques semaines par le homard. Or, le début de la saison de la pêche marque aussi l’arrivée d’un nombre grandissant de travailleurs saisonniers étrangers dans les usines de transformation de poissons et de fruits de mer, où l’on peine à trouver une main-d’œuvre locale.

Nathaëlle Morissette
Nathaëlle Morissette La Presse

L’an passé, lorsqu’un groupe de travailleurs mexicains a débarqué du traversier, il a été accueilli en grande pompe aux Îles-de-la-Madeleine sur les airs d’un violoniste venu pour l’occasion. Et pour cause, leur arrivée prend des airs de fête pour Lynn Albert, propriétaire de La Renaissance des Îles, qui transforme et produit notamment du crabe ainsi que du homard. Elle fait appel à ces travailleurs venus de loin depuis trois ans. Au début du mois de mai, elle en accueillera 57, un nombre record pour cette entreprise qui compte 300 employés.

Nombre en hausse

« Tous les ans, ça augmente », a confirmé Mme Albert au cours d’un entretien téléphonique avec La Presse. Ces employés travailleront parmi les Madelinots pendant environ huit semaines.

Les besoins sont grands également du côté de l’entreprise E. Gagnon et fils, située à Sainte-Thérèse-de-Gaspé, municipalité de 1056 habitants. Pour la première fois en 2018, Bill Sheehan, vice-président de l’entreprise, a accueilli 29 travailleurs mexicains. Et cette année, ils seront 40 à faire leur entrée dans l’usine. À moins d’un kilomètre de là, Lelièvre Lelièvre et Lemoignan est passé de 12 à 20 employés étrangers pour pallier les besoins de la saison de la pêche qui s’amorce.

« La demande commence à être importante. L’âge des employés [dans ces usines] est élevé et il n’y a pas de relève. Quelqu’un qui a fini le cégep va-t-il vouloir venir trancher du poisson ? »

— Jean-Paul Gagné, président de l’Association québécoise de l’industrie de la pêche (AQIP)

Ne trouvant aucun candidat prêt à décortiquer, à emballer ou à décharger les fruits de mer, pour un salaire qui peut varier entre 14 $ et 17 $ l’heure, ces entreprises comptent sur les travailleurs étrangers, pour la plupart en provenance du Mexique. Plusieurs employeurs se désolent de les voir quitter le Québec une fois leur contrat terminé.

« Avant que des immigrants viennent s’installer en Gaspésie, ça va prendre 10 ou 15 ans », se désole Roch Lelièvre, directeur général de Lelièvre Lelièvre et Lemoignan.

« On aimerait bien ça garder ce monde-là ici », ajoute le maire de Sainte-Thérèse-de-Gaspé, Roberto Blondin, qui attend toujours avec impatience l’arrivée des travailleurs. C’est que les besoins sont grands en Gaspésie.

Des travailleurs convoités par d’autres industries

À l’instar des usines de transformation de poissons, les restaurants et les entreprises touristiques aimeraient bien pouvoir les embaucher. Ceux-ci pourraient ainsi passer tout leur été en Gaspésie.

Le problème, c’est qu’une fois leur travail de décorticage de fruits de mer terminé, ils ne peuvent aller travailler pour un autre employeur et sont contraints de s’envoler pour le Mexique. Chaque permis est lié à un employeur, explique-t-on du côté de la Fondation des entreprises en recrutement de main-d’œuvre agricole étrangère (FERME). Une situation que les dirigeants des entreprises de transformation de poissons déplorent. Le Conseil du patronat du Québec (CPQ) assure de son côté avoir rencontré plusieurs représentants du ministère fédéral de l’Emploi, du Développement de la main-d’œuvre et du Travail pour discuter du dossier.

« On a déploré le manque de flexibilité du programme [qui permet aux travailleurs étrangers de venir au Québec], assure Denis Hamel, vice-président politiques de développement de la main-d’œuvre au CPQ. On a demandé plus de souplesse », dit-il, ajoutant que pour le moment, le gouvernement fédéral ne semble pas prêt à revoir ses règles.

Le crabe des neiges plus cher

Bonne nouvelle pour les amateurs de fruits de mer : ils pourront avoir du crabe dans leur assiette pour Pâques. Dans certaines zones, les crabiers ont pris le large dès le 28 mars. Le consommateur risque toutefois de payer le gros prix, puisque les stocks sont en diminution cette année, selon Cédric Juillet, biologiste pour Pêches et Océans Canada. Le prix d’une section de crabe varie en ce moment entre 6 $ et 20 $. L’an passé, il s’est pêché au Québec 14,8 millions de kilogrammes de crabe.