Rogers et Shaw auraient perdu environ 136 millions de dollars au cours de la dernière année en tentant de faire concurrence à Netflix avec Shomi, révèle le rapport annuel de Shaw rendu public hier.

Mis à jour le 29 nov. 2016
Jean-François Codère LA PRESSE

Ces données pourraient expliquer la décision, annoncée à la fin du mois de septembre, de mettre fin aux activités de ce service de vidéo sur demande à compter de demain (le 30 novembre).

Actionnaire à 50% de Shomi, Shaw a dévoilé que les revenus qui lui sont attribuables pour l'année financière 2016 - terminée le 31 août dernier - étaient de 46 millions de dollars. Les dépenses, elles, sont de 182 millions de dollars, pour une perte de 136 millions.

Les choses n'avaient guère été mieux pour l'année financière 2015, celle durant laquelle est née Shomi. En 10 mois, la coentreprise a eu le temps de perdre 110 millions de dollars, soit l'écart entre des revenus de 18 millions et des dépenses de 128 millions.

Il y a deux semaines, le président du CRTC, Jean-Pierre Blais, s'était dit « sous le choc » au moment où il avait appris la fermeture de Shomi. Il avait critiqué l'apparente aversion au risque de Rogers et Shaw.

« Je me demande s'ils ne sont pas trop habitués à recevoir un loyer mensuel de leurs abonnés dans un écosystème protégé, alors qu'ils devraient se retrousser les manches et bâtir une entreprise sans protection et libre d'intervention réglementaire », avait-il déclaré dans un discours prononcé lors d'une rencontre de la section canadienne de l'Institut international des communications.

Rogers a comptabilisé une perte de 140 millions à son troisième trimestre « liée à la réduction de valeur du placement et au coût estimatif des obligations résiduelles de Shomi ».

De son côté, Shaw a inscrit à son quatrième trimestre 2016 une dévaluation de 51 millions de dollars et annoncé qu'elle en inscrirait probablement une autre pouvant aller jusqu'à 120 millions de dollars pour le trimestre en cours, le premier de son année 2017, au moment où Shomi cessera effectivement ses activités.

« Je me demande s'ils [Shaw et Rogers] ne sont pas trop habitués à recevoir un loyer mensuel de leurs abonnés dans un écosystème protégé, alors qu'ils devraient se retrousser les manches et bâtir une entreprise sans protection et libre d'intervention réglementaire. » - Jean-Pierre Blais, président du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC)

136 millions

Somme qu'auraient perdu Rogers et Shaw au cours de la dernière année en tentant de faire concurrence à Netflix avec Shomi, selon le rapport annuel de Shaw rendu public hier.