« Depuis ce matin, il y a tellement de discussions sur la flexibilité qu'on se croirait dans un cours de yoga. » Le président du CRTC, Jean-Pierre Blais, n'a jamais manqué de répartie depuis le début de son mandat. Et cette semaine, l'organisme réglementaire se penche sur les licences des télés privées francophones, qui demandent davantage de flexibilité et des allégements réglementaires. Résumé de la première journée de cette audience « de yoga », où Bell Média a confirmé qu'elle travaillait actuellement sur un service de visionnement en ligne en français à la Netflix.

Mis à jour le 23 nov. 2016
Vincent Brousseau-Pouliot LA PRESSE

CraveTV en français?

Bell Média a confié hier qu'elle travaillait sur un projet de service francophone de visionnement en ligne - équivalent francophone de son service CraveTV ou d'un service comme Netflix ou Club illico. « On a des plans, pour être très franc, on n'est pas pressé parce qu'on pense que la prudence est encore de mise en ce moment. [...] En ce moment, ce n'est pas évident. Il faut qu'on aille jouer là-dedans [un service de visionnement en ligne]. C'est une question d'équilibre. On ne veut pas accélérer l'effritement de l'écosystème actuel », a dit Gerry Frappier, président de la télévision francophone de Bell Média, qui veut renforcer ses chaînes spécialisées dans un premier temps. Lancé en décembre 2014 en anglais, CraveTV devait au départ donner naissance à un service en français en 2015, mais ce ne fut pas le cas.

Faites-nous confiance, dit TVA

Le Groupe TVA a été bombardé de questions durant trois heures en matinée par le CRTC. Le Groupe TVA aimerait n'avoir aucune nouvelle condition de licence et demande de réduire de 80 % à 70 % les dépenses en émissions canadiennes de ses chaînes de télé (huit chaînes généralistes, cinq chaînes spécialisées). Le Groupe TVA fait valoir qu'il a dépassé le seuil de 80 % pour ses chaînes généralistes imposé en 2012 (dépenses en émissions canadiennes : 88 %). « Le CRTC nous a fait confiance et nous avons démontré que les craintes n'étaient pas justifiées », a indiqué Serge Sasseville, vice-président principal aux affaires corporatives et institutionnelles de Québecor Média.

Moins de contenu canadien?

Si le CRTC accède à sa demande, le Groupe TVA a indiqué à plusieurs reprises que « ce n'est pas [son] souhait » de réduire ses dépenses en émissions canadiennes. « Quand on [diffuse] du contenu original canadien, c'est là qu'on va chercher les cotes d'écoute, a dit Julie Tremblay, présidente et chef de la direction du Groupe TVA, en point de presse. On a des contraintes comme tout le monde qui viennent de la baisse des revenus publicitaires. » Le CRTC, qui a indiqué l'an dernier son intention d'ajouter des conditions de licence, ne semblait pas convaincu hier des vertus de la flexibilité. « Je vois dans votre propos que nous pouvons alourdir votre fardeau réglementaire si nous jugeons que c'est utile », a dit Jean-Pierre Blais au Groupe TVA.

Radio-Canada invitée dans le débat

« Pour être clair, je me suis perdu vers la fin de votre allocution, on est ici pour le renouvellement de TVA et non de Radio-Canada, n'est-ce pas ? » Le président du CRTC a commencé la période de questions au Groupe TVA avec cette remarque, qui a donné le ton aux échanges. En terminant sa présentation, le Groupe TVA a dénoncé le financement fédéral supplémentaire de 675 millions de Radio-Canada et s'est dit « inquiet du fait que Radio-Canada continue de s'écarter de son mandat pour adopter une approche résolument commerciale ». Les audiences du CRTC sur le renouvellement des licences des chaînes de télé privées, qui se tiennent cette semaine à Laval, ne comprennent pas les licences de Radio-Canada.

Astérix et les conglomérats romains

Le Groupe V Média (V, MusiquePlus, Max) demande un seuil de 50 % de dépenses en émissions canadiennes compte tenu de son statut d'entreprise indépendante. « On pourrait comparer Groupe V Média à un village de Gaulois entouré de Romains, à la différence que nous ne possédons pas de potion magique pour décupler nos forces ! », a dit Maxime Rémillard, président et chef de la direction du Groupe V Média. « Ce n'est pas notre intention de faire plus de contenu américain, dit-il. Force est d'admettre que l'avenir pour les diffuseurs traditionnels est pavé de défis importants. Oui, nos projections sont sombres et c'est pour cette raison que nous demandons de la flexibilité au Conseil. » Le Groupe V Média a l'intention de hausser son budget consacré aux nouvelles locales, un dossier qui avait retenu l'attention du CRTC dans le passé.

Audiences tranquilles pour Bell

Bell a eu son lot de désaccords avec le CRTC au cours des dernières années. Mais cette fois-ci, l'audience sur le renouvellement des licences télé francophones de Bell Média s'est déroulée rondement et dans la bonne humeur. Il faut dire que Bell Média (huit chaînes spécialisées francophones) a peu de demandes d'allégements réglementaires. Bell Média propose de diminuer de 12 % à 5 % de ses revenus le financement de ses émissions d'intérêt national (drames, comédies, documentaires, émissions de musique et variétés), mais le seuil des dépenses en émissions canadiennes resterait à 32 % des revenus. Ce matin, ce sera au tour du quatrième et dernier détenteur de licences télé francophones privées, Corus (cinq chaînes spécialisées), de passer en audiences devant le CRTC.

Photo Justin Tang, La Presse canadienne

Jean-Pierre Blais, président du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes