Sous la pression des investisseurs, qui critiquent sa gestion du virage numérique, le groupe de médias américain Viacom a annoncé mardi qu'il envisageait de vendre une participation minoritaire dans l'un de ses joyaux, les studios de cinéma Paramount.

Publié le 23 févr. 2016
Sophie ESTIENNE AGENCE FRANCE-PRESSE

«Nous avons reçu des indications d'intérêt de plusieurs partenaires cherchant à faire un investissement stratégique dans Paramount Pictures, et j'ai décidé de mener des discussions avec un groupe sélectionné d'investisseurs potentiels», a indiqué le PDG de Viacom, Philippe Dauman, lors d'une conférence sectorielle organisée par la banque Jefferies à New York.

Le groupe a précisé dans un communiqué que le scénario envisagé serait la cession d'une participation importante, mais minoritaire dans Paramount.

Cela a provoqué un sursaut de l'action Viacom à la Bourse de New York: après une première partie de séance dans le rouge, le titre a bondi de jusqu'à 7 % immédiatement après l'annonce avant de ralentir l'allure. Il restait légèrement dans le vert environ une heure avant la clôture (+0,51 % à 37,06 dollars).

L'initiative semble donner des gages aux actionnaires mécontents de Viacom, comme le fonds d'investissement SpringOwl qui a critiqué publiquement la gestion du groupe et a réclamé notamment le départ de Philippe Dauman.

«Faire venir un partenaire pour aider à monétiser Paramount est une étape importante, et quelque chose que nous avions spécifiquement demandé au groupe de faire», s'est d'ailleurs félicité SpringOwl mardi.

Outre des changements à la direction de Viacom, le fonds avait aussi préconisé plus tôt cette année de réduire les coûts et d'explorer une fusion avec un autre groupe de télévision américain, AMC, ou un investissement dans Paramount par un groupe de distribution en ligne comme Alibaba ou Amazon.

«La réaction positive de l'action illustre le soutien que nous avons parmi les actionnaires», a estimé SpringOwl mardi.

Bénéfices stratégiques

La prise de contrôle de Paramount en 1994 avait été l'un des grands faits d'armes du magnat des médias Sumner Redstone, qui à 92 ans reste l'actionnaire majoritaire de Viacom et d'un autre groupe de médias américain, CBS, mais qui vient d'en quitter la présidence du conseil d'administration sur fond de spéculations persistantes sur la dégradation de son état de santé.

Les studios ont toutefois plombé ces derniers temps les résultats déjà peu brillants de Viacom. Au premier trimestre de l'exercice décalé du groupe entamé début octobre, leur chiffre d'affaires avait encore chuté de 15 % à 612 millions de dollars. Viacom a invoqué à plusieurs reprises un nombre insuffisant de films en salles, affirmant que la situation s'améliorerait avec le retour annoncé à une pleine production de 15 films par an.

Les studios sont actuellement plutôt sous-évalués par les investisseurs, mais pourraient valoir dans leur intégralité plus de 3,5 milliards de dollars, ont estimé mardi les analystes de Jefferies. En outre, «cette cession pourrait ouvrir plusieurs portes pour Viacom», en lui permettant par exemple de trouver de nouveaux canaux de distribution, entre autres sur «des marchés inexploités» par le groupe actuellement, ajoutent-ils dans une note.

Philippe Dauman a également mis en avant mardi le fait qu'un partenariat pourrait apporter «des bénéfices importants à Paramount et Viacom, à la fois stratégiquement et financièrement».

Il argumente que les contenus comme les films n'ont jamais représenté autant de valeur qu'à l'époque actuelle, où les consommateurs regardent des vidéos sur un nombre croissant d'écrans, du téléviseur au smartphone, et où le marché des salles de cinéma connaît une «expansion rapide».

«C'est le moment parfait pour explorer de nouvelles stratégies pour capitaliser sur l'expérience en termes de contenus et la plateforme mondiale de Paramount, maximiser les opportunités pour poursuivre sa croissance, et débloquer la valeur de l'activité au bénéfice des actionnaires».

Philippe Dauman est un peu le dos au mur, vu la passe difficile que Viacom traverse actuellement. Le propriétaire des chaînes MTV, Nickelodeon et Comedy Central est l'un des grands groupes de télévision américains qui semble le plus durement frappé par la concurrence de la vidéo en ligne: ses derniers résultats trimestriels étaient en franc recul, de 10 % à 449 millions de dollars pour le bénéfice net et de 6 % à 3,15 milliards pour le chiffre d'affaires, et l'action du groupe a perdu près de 60 % de sa valeur depuis son pic de 2014.