Il est trop tôt pour juger de l'impact de la volatilité des marchés sur l'économie, davantage provoquée par les inquiétudes chinoises et le pétrole que par les décisions de la Fed, a affirmé jeudi la patronne de la banque centrale américaine Janet Yellen.

Mis à jour le 11 févr. 2016
Virginie MONTET AGENCE FRANCE-PRESSE

Lors d'une audition au Congrès jeudi, Mme Yellen a reconnu que «les développements économiques et financiers dans le monde (...) peuvent influencer la balance des risques ou la trajectoire économique», mais elle a estimé qu'il était «prématuré d'exercer un jugement» sur l'économie et donc la politique monétaire.

Très désorientés depuis le début de l'année, les marchés financiers mondiaux ont dévissé jeudi, pétris de doutes sur le pétrole, les banques et la croissance mondiale.

Interrogée sur le fait de savoir si la hausse des taux d'intérêt par la Fed en décembre avait causé les turbulences sur les marchés financiers, Mme Yellen a assuré que la réaction à la décision de la Fed avait été «tout à fait tranquille», car elle était «attendue et bien préparée».

Le sévère accès de volatilité des marchés depuis le début de l'année est plutôt en rapport, selon elle, «avec les mouvements sur la monnaie chinoise et le recul des prix du pétrole» associés «à des craintes plus larges sur un possible affaiblissement de la croissance mondiale».

Contrairement aux autres grandes banques centrales, la Réserve fédérale américaine est pour l'instant sur une trajectoire de remontée «graduelle» des taux à court terme.

Pourtant, afin d'être prête si besoin est, la Fed étudie la faisabilité aux États-Unis d'adopter des taux d'intérêt négatifs, a reconnu Mme Yellen expliquant qu'en 2010, juste après la récession, cette éventualité avait déjà été envisagée.

Pour lutter contre la faible inflation et la morosité de l'économie, la zone euro, le Japon et la Suède - qui vient jeudi d'abaisser encore son taux - ont adopté des taux d'intérêt négatifs.

Taux négatifs: scénario peu probable

L'idée est de décourager le stockage de liquidités et d'inciter les banques à les injecter dans l'économie plutôt que de les placer en réserve dans une banque centrale où elles vont leur coûter de l'argent.

«À la lumière de l'expérience des pays européens qui ont adopté des taux négatifs, nous regardons à nouveau la question car nous voulons être préparés au cas où nous aurions besoin de davantage de mesures accommodantes», a indiqué Mme Yellen tout en réaffirmant que ce scénario «n'est pas le plus probable» aux États-Unis.

Elle s'est dite aussi «surprise qu'il soit possible de placer les taux de façon aussi négative que ce qu'ont fait certains pays», soulignant que «les marges des banques en étaient réduites» et s'interrogeant si ces baisses de taux sont répercutées sur les épargnants.

Dans un de ses scénarios économiques hypothétiques soumis aux banques début février pour les tests de résistance, la Fed avait imaginé une récession accompagnée de taux négatifs sur les bons du Trésor ce qui n'a pas échappé aux marchés.

Mais l'économie américaine est en période de modeste expansion depuis six ans même si l'inflation tarde à remonter vers l'objectif de 2% que la Fed estime sain pour l'économie.

Mme Yellen a assuré que lorsque la baisse des prix du pétrole cesserait et le dollar se stabiliserait, «l'inflation commencera à remonter».

«Il est difficile de dire exactement quand cela arrivera, on a eu des surprises», a-t-elle admis.

«Nous sommes dans une économie globale avec d'importantes faiblesses dans bien des parties du monde, notamment en Europe et au Japon», a-t-elle indiqué pour expliquer le raffermissement du dollar qui handicape aussi les exportations américaines et ralentit la croissance de la première économie mondiale.

«La force du dollar et l'ampleur de son mouvement depuis le milieu de 2014 nous ont surpris», a-t-elle aussi convenu.

La Fed n'avait pas prévu non plus la persistante chute des prix du pétrole, a reconnu la présidente de la Fed mais elle a assuré que cela demeurait un avantage pour l'économie américaine. Les ménages y gagnent 1.000 dollars par an en économies d'essence et de chauffage, selon elle.

«Qu'ils les dépensent ou pas, ce sont des gains substantiels», a-t-elle affirmé.