Adieu panneaux numérotés, lignes blanches sur la chaussée et préposés qui se promènent calepin à la main. D'ici cinq ans, les automobilistes montréalais paieront en inscrivant leur numéro de plaque d'immatriculation et pourront voir sur leur téléphone intelligent les places disponibles.

Mis à jour le 17 août 2015
Karim Benessaieh LA PRESSE

Cette petite révolution numérique, l'organisme chargé de la gestion de Stationnement de Montréal, Accessum, la prépare sans tambour ni trompette depuis plus d'un an. Son président, Rémi Racine, en a présenté les grandes lignes à La Presse

Les préparatifs

On teste depuis décembre dernier 350 capteurs, de la taille d'une rondelle de hockey, incrustés dans l'asphalte et qui indiquent la présence d'une voiture sur un espace de stationnement. On étudie également les expériences d'autres villes nord-américaines, notamment Calgary et San Francisco, pionnières dans le «pay-by-plate» (paiement par plaque d'immatriculation), la géolocalisation des espaces de stationnement disponibles et la modulation des tarifs selon l'heure. «Quelle que soit la technologie adoptée, nous ne serons pas les premiers à l'utiliser, nous ne voulons pas être les premiers», indique en entrevue Rémi Racine, président du conseil d'administration d'Accessum depuis 2010 et PDG du studio de jeux vidéo Behaviour Interactive.

De la place à la plaque

D'ici cinq ans, espère M. Racine, les panneaux numérotés et les lignes blanches sur la chaussée auront disparu. Les quelque 18 000 espaces de stationnement sur rue tarifés auront leur capteur relié à un serveur central. L'information sera relayée à l'automobiliste dans son téléphone intelligent, qui lui indiquera la disponibilité des espaces. «C'est le rêve! La seule limite, c'est qu'on ne pourra pas réserver», précise M. Racine. Au moment de payer, par l'application mobile ou à la borne, l'automobiliste devra indiquer son numéro de plaque d'immatriculation. Quant aux préposés, ils sillonneront la ville à bord d'un véhicule équipé d'un scanneur de plaques d'immatriculation qui détectera ceux qui n'auront pas payé leur stationnement. Les contraventions seront envoyées directement au domicile de l'automobiliste.

Moins de bornes, plus d'applis

L'application de Stationnement de Montréal, P$ Service mobile, lancée en juin 2012, sera au coeur de cette révolution numérique. Plus d'une transaction sur trois est aujourd'hui effectuée par téléphone intelligent, indique le président d'Accessum, qui espère en outre faire baisser le coût de la transaction de 20 à 10 cents et ajouter à l'application des fonctions de guide touristique. «L'appli pourrait te dire où aller manger, quoi faire dans le coin. Ça générerait de bons revenus à la Ville et ce serait un beau service à offrir aux commerçants.» D'ici «cinq à dix ans», espère-t-il, les bornes de paiement actuelles devraient disparaître, remplacées par des terminaux moins nombreux, mais qui cumuleraient plusieurs fonctions de paiement: stationnement, BIXI et titres de transport en commun.

Un stationnement «virtuel»

Le but ultime, c'est d'arriver à un «système de stationnement virtuel», résume le président d'Accessum, sans panneaux, sans lignes sur le sol et sans argent comptant, possiblement avec des tarifs variables en fonction de l'heure. «Ça fait 20 ans que Stationnement de Montréal existe, ça a commencé avec des parcomètres à roulette, 40% du monde ne payait pas leur place, se faire voler était facile.» Il croit fermement qu'une bonne gestion du stationnement permet une plus grande fluidité de la circulation, un meilleur roulement et, partant, favorise l'accessibilité aux commerces. On estime que 30% de la circulation au centre-ville est due à la recherche d'espace où se garer.

Politique et gouvernance

La Ville prépare actuellement une politique du stationnement qui sera présentée cet automne. La gouvernance de Stationnement de Montréal, une filiale de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain liée par une lettre d'entente depuis 1995, devrait être revue par la même occasion. «On est un agent de la Ville, on fait de la recherche et développement et on leur présente où on en est, ce qui fonctionne, explique Rémi Racine. Si la Ville n'en veut pas, on arrête le projet.» Même si l'administration Coderre a annoncé son intention de rapatrier les activités de stationnement au sein de la Ville, il ne croit pas que Stationnement de Montréal va disparaître. «Peu importe qui nomme les gens, pourvu que l'expertise demeure.»