Depuis avril, les autorités monétaires canadiennes nous préparent à une hausse de son taux directeur, bien que l'ombre d'une augmentation du loyer de l'argent est hors de vue.

Mis à jour le 22 oct. 2012
Rudy Le Cours LA PRESSE

Spéculateurs et investisseurs ne s'y sont pas trompés en faisant reculer de plus d'un cent le huard jeudi et vendredi derniers. Notre monnaie était passée au-dessus de la parité cet été quand la Banque centrale avait réitéré sa volonté de resserrer le crédit, malgré les nombreux vents adverses qui soufflaient sur l'économie canadienne.

Depuis, le gouverneur Mark Carney a longuement décrit les défis actuels de l'économie mondiale et le taux d'inflation décélère.

Quelle surchauffe?

Deux arguments militent pour une hausse des taux, en situation normale; la surchauffe de l'économie et/ou un taux annuel d'inflation qui se rapprochent de 3%, qui correspond au haut de la fourchette de 1% à 3% dans laquelle la Banque du Canada tolère l'augmentation du coût de la vie tel que mesuré par l'indice des prix à la consommation.

Or, à moins de 2% en rythme annuel depuis trois trimestres, on ne peut pas affirmer que l'économie surchauffe.

À 1,2% le mois dernier, le taux d'inflation est nettement dans le bas de la fourchette, ce qui, en situation normale, devrait plutôt inciter la Banque à abaisser son taux directeur.

Le taux cible de financement à un jour (le taux directeur) est fixé à 1% depuis septembre 2010 et rien n'indique qu'il bougera demain, ni même avant plusieurs trimestres.

La Banque ne peut trop s'éloigner de la politique monétaire de la Réserve fédérale. Le président de celle-ci, Ben Bernanke, prévoit maintenir son taux directeur jusqu'au début de 2015. Il fluctue dans une fourchette de 0% à 0,25% depuis décembre 2008. Mercredi, la Fed va sans l'ombre d'un doute réitérer cet engagement.

Situation anormale

Si la Banque du Canada n'est pas prête à abaisser le sien, c'est que le contexte présent n'est pas normal. Même avec une faible inflation, le taux directeur est négatif en termes réels. Pareille situation se retrouve, règle générale, en pleine récession ou en début de reprise.

Or, de toutes les économies avancées, celle du Canada connaît l'expansion la plus forte. Seules les économies des États-Unis et de l'Allemagne sont aussi en expansion, bien que faiblement.

La Banque peut aussi se rabattre sur le niveau élevé du taux d'endettement des ménages par rapport à leur revenu disponible. Elle s'inquiétait déjà quand il s'élevait à 140%. Avec les dernières révisions de Statistique Canada, il atteignait 163% au deuxième trimestre.

Des nouvelles règles édictées par le ministère des Finances et par le Bureau du surintendant des institutions financières resserrent depuis l'été les conditions d'octroi d'un prêt hypothécaire. La baisse des transactions immobilières sur le marché secondaire qui doit en découler va peut-être ralentir, voire stopper la progression du taux d'endettement.

Ce n'est cependant pas automatique, si les coûts d'emprunts restent historiquement faibles.

Voilà pourquoi les autorités monétaires devront jongler savamment avec les mots, s'ils veulent inciter à la prudence en laissant miroiter une hausse de taux à un moment donné.

Mais par quoi changer ceci: «Dans la mesure où l'expansion économique se poursuit et l'offre excédentaire au sein de l'économie se résorbe graduellement, il se peut qu'une réduction modeste de la détente monétaire considérable actuellement en place au Canada devienne appropriée, de façon à atteindre la cible d'inflation de 2% à moyen terme.»

Peut-on être moins ferme dans sa volonté de resserrer le crédit?

Nouveau scénario

Cette fois-ci, la Banque remet aussi à jour son scénario économique. Elle devra réviser à la baisse ses prévisions de croissance et d'expansion pour la période de projection qui s'étend jusqu'à la fin de 2014.

Son nouveau scénario aura pris en compte les importantes révisions des comptes nationaux faites par Statistique Canada. Outre le niveau accru d'endettement des ménages, elles ont mis en lumière un taux de productivité légèrement plus élevé, une récession plus profonde et une reprise plus robuste que ce qu'on croyait.

Cela signifie-t-il que l'économie canadienne est plus près de son plein potentiel que ce qu'on avait perçu jusque-là? Et ce potentiel est-il bien éloigné d'un taux annuel de croissance de 2%?

La réponse à ces deux questions donnera les meilleurs indices de l'orientation de la politique monétaire à moyen terme.