Compte tenu du ralentissement économique mondial, la Banque du Canada s'attend maintenant à une modeste expansion de l'économie canadienne d'ici l'été prochain et à une rapide décélération de l'inflation.

Rudy Le Cours LA PRESSE

En reconduisant son taux directeur, fixé à 1% depuis septembre 2010, la Banque prend soin de préciser que «le système financier (canadien) fonctionne bien» et que «la détente monétaire en place au Canada est considérable», ce qui laisse entendre qu'elle est bien à l'aise avec un statu quo monétaire prolongé.

Pas d'indices donc d'une baisse prochaine du taux directeur et encore moins d'expériences non orthodoxes d'allégement quantitatif comme aux États-Unis et au Royaume-Uni. Pas d'indication prochaine non plus d'une augmentation du taux cible.

Sur la scène internationale, estiment les autorités monétaires, les risques à la baisse se sont accentués au point où une brève récession dans la zone euro leur paraît probable. «Dans son scénario de référence (qui sera publié demain), la Banque suppose que la crise de la zone euro sera contenue», nuance-t-elle tout en précisant que les risques que cela ne se concrétise pas sont élevés.

La Banque s'attend aussi à ce que la faible croissance aux États-Unis perdure jusqu'en juillet, que l'expansion chinoise décélère quelque peu alors que la reconstruction au Japon devrait stimuler quelque peu l'activité économique.

Ce qui se passe ailleurs dans le monde a des incidences marquées sur l'économie canadienne. Voilà pourquoi elle ramène à 2,1% et 1,9% le rythme de croissance réelle pour 2011 et 2012, mais croit à une accélération jusqu'à 2,9% en 2013. En juillet, elle voyait plutôt 2,8%, 2,6% et 2,1% dans sa boule de cristal.

Ces prévisions sont un peu moins pessimistes que les résultats de l'enquête de septembre du ministère des Finances auprès des prévisionnistes du secteur privé. Leurs pronostics sont plutôt de 2,2%, 2,1% et 2,5%.

La Banque estime toujours que l'expansion canadienne sera mue surtout par la demande intérieure qui restera néanmoins faible quelque peu.

La consommation des ménages restera modeste, étant donné leur niveau d'endettement élevé. Hier, Statistique Canada a rapporté une augmentation de 0,5% de la valeur des ventes au détail en août. Exprimée en volume, la hausse est de 0,3%, mais efface en partie le recul de juillet.

Le rythme solide des investissements des entreprises va se poursuivre bien qu'il soit tempéré par les risques qui pèsent sur l'économie mondiale. Les résultats automnaux de l'Enquête sur les perspectives des entreprises menée par la Banque reflétaient cette volonté de poursuivre les achats de matériel et d'équipement.

Les exportations resteront faibles aussi, compte tenu de l'anémie de l'économie américaine, de la relative faiblesse de compétitivité canadienne et de la force de sa monnaie.

La Banque s'attend désormais à ce que l'économie retrouve son plein potentiel à la fin de 2013, soit un an et demi plus tard que dans son scénario de juillet.

Cela suppose un net ralentissement du rythme d'inflation totale qui se situait à 3,2% en septembre. Il devrait toucher un creux de 1% au milieu de l'an prochain, croit l'équipe de Mark Carney, gouverneur de la Banque du Canada. Ce n'est qu'en 2013 qu'elle devrait revenir vers la cible de 2013.

Depuis son sommet d'avril, l'indice S&P GSCI qui reflète l'évolution des cours de 24 biens de base a perdu plus de 20%. Cet affaissement se reflétera dans les prix des produits à la consommation prochainement, selon toute vraisemblance.

«Nous entrevoyons des possibilités limitées de baisse de l'inflation, étant donné le peu de capacité excédentaire restante de l'économie canadienne», nuancent Stéfane Marion, Paul-André Pinsonnault et Krishen Rangasamy, de la Banque Nationale, dans un commentaire publié hier.

Dans le Rapport sur la politique monétaire qui paraît ce matin, la Banque va présenter sa nouvelle estimation du potentiel de l'économie canadienne qui lui sert d'étalon pour mesurer les capacités excédentaires. Elle est de 1,8% pour l'année en cours et de 2% pour 2012.

La prochaine date de fixation du taux directeur est le 6 décembre.