Les pensions des Canadiens... investies dans le géant techno en déclin Yahoo? L'idée a fait réagir bien du monde, hier, au moment où le Régime de pensions du Canada semble vouloir refaire le coup de Skype en préparant cette fois une offre pour Yahoo!

Philippe Mercure LA PRESSE

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Selon des informations du Wall Street Journal, le Régime de pensions du Canada (RPC) s'est allié à Microsoft et à la firme d'investissement Silver Lake pour mettre le grappin sur Yahoo! Le groupe mijoterait une offre de plusieurs milliards pour acquérir ce pionnier de l'internet aujourd'hui en perte de vitesse, mais qui attire tout de même 700 millions d'internautes par mois.

«Le Régime de pensions du Canada veut refaire le coup de Skype en s'alliant à Silver Lake et Microsoft», commente Iain Grant, analyste en télécommunications au Seaboard Group.

En 2009, le RPC et Silver Lake avaient co-investi avec d'autres partenaires pour acquérir 65% de la société de téléphonie par internet Skype. Prix payé: 1,9 milliard US. Moins de deux ans plus tard, Microsoft allongeait 8,5 milliards US pour Skype.

Le RPC n'a pas voulu confirmer les informations du Wall Street Journal. Yahoo!, qui a lancé un processus de révision stratégique, a ouvert ses livres à au moins neuf firmes de capital privé potentiellement intéressées à racheter l'entreprise, selon les informations du quotidien.

Des analystes croient que Yahoo! pourrait se vendre entre 16$ et 18$US l'action, pour une valeur totale d'environ 20 milliards US.

Sur les réseaux sociaux, hier, bien des Canadiens se sont inquiétés de la perspective de voir leur pension aller vers Yahoo!, une entreprise qui a perdu près de 44% en Bourse depuis qu'elle a décliné une offre d'achat de Microsoft en 2008.

Sans commenter cette transaction en particulier, Jean-Pierre Talon, conseiller principal chez Mercer, note toutefois qu'il est courant de voir de grands fonds de retraite effectuer des placements privés dans toutes sortes de secteurs industriels.

«Il faut regarder ça dans la perspective de l'allocation totale des actifs. Les caisses qui ont moins de 500 millions, en général, ne sortent pas des sentiers battus, alors que celles qui ont plus de 500 millions investissent une grosse partie de leurs fonds dans le non-traditionnel comme les placements privés. On pense en fait qu'investir dans des placements alternatifs bien diversifiés vient réduire le risque», dit M. Talon.

Au 30 juin dernier, le Régime de pensions du Canada avait plus de 150 milliards sous gestion.

Jacques Bernier, associé principal de Teralys, un réservoir de capital-risque de 1,3 milliard, se réjouit quant à lui de voir des caisses de retraite considérer des investissements technologiques.

«C'est très positif de voir des fonds de pension canadiens prendre des positions dans des acteurs internationaux. Ça vient nourrir tout l'écosystème technologique. Honnêtement, quand ils ont fait Skype, je pensais que c'était une erreur, et regardez le résultat: ça a été un super coup», dit-il.

Iain Grant, du Seabord Group, croit que la transaction se défend.

«Yahoo! est en jeu, sans gouvernail et sans leadership. Ça pourrait donner à Microsoft la force de frappe sur l'internet qui lui fait défaut. Les 700 millions d'utilisateurs de Yahoo! combinés à Bing, Hotmail et Xbox formeraient un fort portefeuille de services internet», croit-il.

Yahoo!, par contre, a déjà repoussé Microsoft en 2008.

«Peut-être que l'alliance avec Silver Lake et le RPC sera suffisante pour diluer l'impression pernicieuse qui colle à Microsoft aux yeux du conseil de Yahoo!», suppose l'analyste.

Le titre de Yahoo! a gagné 24 cents US hier pour clôturer à 16,18$.