Le groupe informatique Hewlett-Packard affrontait encore vendredi le scepticisme des investisseurs, perplexes de voir le conseil d'administration se doter de pouvoirs renforcés alors qu'il a présidé à un virage stratégique mal perçu.

Charlotte Raab AGENCE FRANCE-PRESSE

Au lendemain de l'annonce du départ de son directeur général Léo Apotheker et son remplacement par l'ex-patronne d'eBay Meg Whitman, Hewlett-Packard [[|ticker sym='HPQ'|]] représentait vendredi en milieu de journée la plus forte chute de l'indice Dow Jones des grandes valeurs américaines à la Bourse de New York (-4,30% à 21,82 $), signe éloquent que l'opération de reconquête des coeurs amorcée jeudi soir n'avait pas encore porté ses fruits.

Si nul ne remet en cause le bien-fondé du départ de Léo Apotheker, un Allemand venu de SAP qui en moins de onze mois avait semé le malaise en ne communiquant bien ni en interne ni en externe, plusieurs se sont étonnés que le conseil d'administration lui-même ne se remette pas en cause.

«L'exaspération des investisseurs a maintenant des chances de viser de plus en plus le conseil d'administration», estimait Toni Sacconaghi, analyste chez Sanford Bernstein.

«Les actionnaires, qui ont d'abord été enthousiasmés à l'idée d'un changement de directeur général, semblent maintenant refoidis en pensant que le conseil d'administration, qui a approuvé toutes les grandes décisions prises depuis huit mois, a conservé son harmonie», ajoutait-il.

Plus encore, c'est dans ses propres rangs que le conseil a trouvé la nouvelle directrice générale, qui y siégeait depuis huit mois, et le président du conseil d'administration Ray Lane se voit doté d'un rôle exécutif qu'il n'avait pas auparavant.

«La raison pour laquelle il n'y a pas de changement stratégique c'est que ce ce n'est pas Léo Apotheker qui fixait la stratégie, c'était Ray Lane», a souligné pour l'AFP l'analyste indépendant Robert Enderle.

Cette situation est encore plus vraie aujourd'hui, a-t-il souligné. «Maintenant on a une directrice générale qui est de fait une subordonnée du président».

Preuve que c'est bien un binôme qui dirige le groupe, Mme Whitman et M. Lane ont ensemble informé les analystes financiers jeudi, et ils ont ensemble accordé un entretien vendredi à la chaîne de télévision CNBC.

À cette occasion, ils ont regretté la gestion de M. Apotheker sur la forme bien plus que sur le fond: «nous avions besoin de plus de clarté et d'une meilleure communication pour les marchés, et d'une meilleure intégration avec l'équipe», a dit M. Lane.

Une majorité d'analystes estiment que l'expérience acquise par Mme Whitman dans sa carrière, notamment chez eBay, n'en fait pas une dirigeante naturelle pour le géant qu'est HP, avec quelque 127 milliards de dollars de chiffre d'affaires, plus de 300 000 employés et une présence dans tous les métiers de l'informatique, des ordinateurs aux logiciels en passant par les services.

À cela, M. Lane a répondu vendredi qu'après tout, «Ronald Reagan était acteur» avant de devenir président des Etats-Unis.

M. Lane lui-même, un ancien cadre dirigeant du groupe de logiciels Oracle qui est aujourd'hui un dirigeant du fonds Kleiner Perkins «manque aussi d'expérience opérationnelle dans un groupe très gros et diversifié», selon M. Sacconaghi.

Sur le fonds, l'acquisition onéreuse de l'éditeur de logiciels Autonomy, pour environ 10,2 milliards de dollars, a été défendue avec emphase, tout comme l'analyse de l'activité des ordinateurs personnels, une des branches de HP, avec les imprimantes, qui font son identité auprès du grand public.

L'idée d'une éventuelle scission évoquée depuis août serait «de dégager (la valeur marchande de cet actif) sans perdre les synergies» avec l'ensemble du groupe, a précisé M. Lane.

Si la scission se fait, idéalement la nouvelle société, actuelle numéro un mondial, s'appellerait «HP PC», mais aurait la possibilité d'avoir une «dynamique» indépendante, a-t-il ajouté.