Faire des fraudes financières au Canada est trop facile et les policiers ne font pas leur travail.

Francis Vailles

Faire des fraudes financières au Canada est trop facile et les policiers ne font pas leur travail.

C'est ce qu'affirme essentiellement Claude Garcia, selon qui les autorités doivent remédier à cette situation inadmissible.

L'ex-président des activités canadiennes de Standard Life juge que les autorités sont trop tolérantes, une situation qui ternit la réputation déjà sombre du Canada à cet égard.

«Il n'y a jamais personne qui se fait prendre. Il y a moins de risque à voler 100 millions en finance qu'un paquet de cigarettes chez le dépanneur», dit M. Garcia, qui a communiqué avec La Presse Affaires pour faire part de son indignation.

La sortie de Claude Garcia arrive au moment où le témoignage de Vincent Lacroix donne un éclairage nouveau sur les détournements de fonds de Norbourg.

Elle survient aussi dans le contexte où la GRC a admis ne pas avoir entrepris d'enquête dans le dossier de Mount Real, bien qu'un juge parle de «tromperie» et de «manigance» dans cette affaire.

Claude Garcia s'y connaît en finance. Il a travaillé pour l'assureur Standard Life pendant 22 ans. Sous sa présidence, l'institution financière a triplé son actif au Canada, qui est passé de 11 milliards de dollars en 1993 à plus de 30 milliards en 2004.

Aujourd'hui, le gestionnaire retraité continue d'être membre de plusieurs conseils d'administration.

«Il y a eu Bre-X, Cinar, Norshield, Mount Real, Norbourg, Castor Holdings... Or, il n'y a jamais personne qui a été condamné. Je commence à me poser des questions sur la façon dont la police travaille», dit-il.

Les propos de Claude Garcia ont également été entendus à la commission parlementaire sur la protection des épargnants, le 7 février. Selon lui, le fait qu'il n'y ait pas ou peu de poursuites ou encore que les enquêtes soient longues encouragent d'autres gens à recommencer.

L'expert en finance estime que les ressources affectées aux crimes économiques sont insuffisantes ou que ces ressources n'ont pas les compétences requises pour mettre les arnaques au jour. Il donne l'exemple de la première Équipe intégrée de la police des marchés financiers, où ne figurerait qu'un seul juri-comptable pour 12 personnes, lui a-t-on dit.

«Ceux qui font des fraudes ne sont pas des fous. Il faudrait embaucher des experts (pour les traquer) et les payer un peu plus cher. Dans le monde financier, on peut faire beaucoup d'argent, vous savez. À 75 000 $ par année pour un expert, on en n'aura pas pour notre argent», dit-il.

Claude Garcia juge que les enquêtes sont trop longues Dans le cas de Norbourg, par exemple, la GRC est intervenue il y a déjà 18 mois. «J'en ai eu des cas de fraude quand j'étais président de Standard Life et ça ne me prenait pas deux ans pour les trouver. Trois mois, c'était en masse pour monter un bon dossier et je n'avais pas besoin de 12 personnes, comme dans le cas de Norbourg», dit-il.

À cet égard, il croit que des enquêtes parallèles de l'Autorité des marchés financiers (AMF) et de la GRC ne sont peut-être pas souhaitables. «Avons-nous les moyens de nous permettre ça comme société?»

Autre élément : il estime que les peines sont inadéquates dans les cas mis au jour. Il donne l'exemple du scandale du market-timing, dans les fonds communs. Ce stratagème a permis à des firmes de profiter du décalage horaire entre l'Amérique et l'Asie pour favoriser les investisseurs à court terme au détriment de ceux à long terme.

Les cinq principales firmes de cette affaire ont tiré des avantages de 422 millions de dollars avec le stratagème. Or, les pénalités n'ont été que de 206 millions, remis aux investisseurs touchés, soit la moitié des profits. «Nous sommes trop tolérants envers les crimes économiques, beaucoup trop tolérants», dit-il.

À la GRC, le Caporal Luc Bessette n'a pas voulu commenter les propos de M. Garcia. Il n'a pas davantage voulu indiquer ni les ressources affectées aux enquêtes ni leur formation «pour des questions de sécurité».