Le pessimisme bien ancré des investisseurs aux États-Unis a été quelque peu déstabilisé hier par la publication de trois données économiques moins mauvaises que prévu.

Rudy Le Cours

Le pessimisme bien ancré des investisseurs aux États-Unis a été quelque peu déstabilisé hier par la publication de trois données économiques moins mauvaises que prévu.

Les commandes de biens durables ont bondi de 0,8% en juin alors que les experts s'attendaient à une baisse.

Contre toute attente, l'indice de confiance du Michigan, qui mesure l'état d'esprit du consommateur, a monté en juillet, après être plongé le mois précédent à son niveau le plus faible depuis 1980.

Enfin, les ventes de maisons neuves ont diminué de seulement 0,6% en mai tandis que les stocks d'invendus n'équivalent plus qu'à 10 mois de production, contre 10,4 mois, un mois plus tôt.

Cela aura suffi aux boursicoteurs pour oublier l'espace d'une journée les grandes difficultés du secteur bancaire et l'enlisement du marché de la revente d'habitations qui avait provoqué une jolie commotion sur les marchés boursiers jeudi, malgré la baisse continue du cours de l'or noir.

C'était encore sans doute la seule vraie bonne nouvelle d'hier: le prix du baril de brut a clôturé sous les 124$ américains, son cours le plus faible en sept semaines, après l'annonce d'une légère augmentation de production des membres de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole.

Quant aux autres nouvelles, elles méritent qu'on les regarde de plus près.

Certes, les commandes de biens durables ont augmenté, mais cela est attribuable à un appétit fulgurant de la Défense qui s'est montrée prête à acheter pour une valeur de 15,8% de plus qu'en mai. Elle ne s'était pourtant pas fait prier durant le mois de Marie pour augmenter de 14,1% ses commandes d'équipement en tout genre. N'eût été des militaires, les fabricants n'auraient grossi leur carnet de commandes que de 0,1%, en juin.

Pourtant, leurs clients peuvent profiter de la nouvelle disposition fiscale d'amortissement accéléré. Plusieurs en outre désirent accroître leur production pour tirer parti des faiblesses du billet vert qui rendent leurs produits plus compétitifs à l'étranger.

Pour les macro-économistes, cette hausse des commandes gonflera les chiffres de croissance du Produit intérieur brut d'avril à juin. Les experts s'attendent à une expansion de 2% au deuxième trimestre, soit le double de celle du premier. On saura jeudi dans quelle mesure ils auront eu raison.

Outre les commandes de biens durables et les exportations, les dépenses de consommation auront soutenu l'expansion. Les chèques émis aux ménages par la Maison-Blanche expliquent ce sursaut de leur consommation.

Ce sont ces rentrées impromptues d'argent qui auront causé sans doute le léger regain de confiance des ménages. L'indice du Michigan montre cependant qu'elle est loin encore d'un rétablissement complet.

Une fois les chèques dépensés, la détérioration de leur bilan financier à cause du marasme du marché de l'habitation et de la correction boursière, reviendra miner leur moral.

Quant à la faiblesse moins grande que prévu des ventes de maisons neuves, il faut surtout y voir un accident statistique, car le nombre de saisies est désormais 121% plus élevé qu'il y a un an. Autrement dit, le marché restera longtemps inondé de maisons à vendre.