La nouvelle est douloureuse pour les actionnaires et les employés de Bell Canada Entreprises (T.BCE). Mais pour les gestionnaires de portefeuille, ironiquement, Bell Canada redevient une occasion d'achat en Bourse.

Francis Vailles

La nouvelle est douloureuse pour les actionnaires et les employés de Bell Canada Entreprises [[|ticker sym='T.BCE'|]]. Mais pour les gestionnaires de portefeuille, ironiquement, Bell Canada redevient une occasion d'achat en Bourse.

D'abord, les observateurs s'entendent généralement pour dire que la transaction de vente de BCE au groupe Teachers' n'aura pas lieu. Et que l'avortement de la transaction, qui endetterait Bell lourdement, sera bénéfique pour l'entreprise, en ces temps économiques difficiles.

«C'est une occasion d'achat, assurément. L'entreprise va mieux se comporter si elle n'est pas vendue», soutient le gestionnaire Alain Chung, de Claret.

Mercredi, sa firme a profité de la chute vertigineuse du titre pour mettre la main sur des milliers d'actions de BCE.

Dans la journée, le titre a plongé de 13,25$ (34%), terminant la journée à 25,25$. Hier, l'action a fait du surplace.

Claret a ainsi doublé sa position dans BCE et la firme détient donc pour ses clients quelque 4 millions de dollars d'actions.

Même son de cloche de Hugues Dubeau, de Dubeau Capital. «Oui, c'est un achat. Et oui, j'en ai acheté. Bell n'est pas parfaite, mais dans le contexte économique actuel, il est bon d'avoir dans son portefeuille une telle entreprise, qui offre des services essentiels», dit M. Dubeau.

C'est le rapport préliminaire de la firme comptable KPMG qui est venu jeter un pavé dans la mare, mercredi. Essentiellement, conclut KPMG, la valeur marchande des actifs de Bell n'est pas suffisante, dans le contexte actuel, pour couvrir sa nouvelle dette. La caution de KPMG est une condition imposée par Teachers' pour conclure la vente.

«BCE est clairement en désaccord avec l'évaluation de KPMG et elle tentera de clore la transaction, mais elle-même constate que ses chances sont minces. Nous croyons que l'entente est morte», écrit l'analyste John Hendersen, de Scotia Capital.

Même avec l'avortement de la transaction, toutefois, Bell aura une grosse côte à remonter. La direction de l'entreprise a perdu deux longues années à tenter de vendre l'entreprise, négligeant le service à la clientèle, la technologie et le moral des employés. Pendant ce temps, les Vidéotron, Telus et Rogers de ce monde ont gagné du terrain.

Selon Iain Grant, du Groupe Seaboard, Bell a avidement besoin de son argent pour investir dans son réseau et affronter la concurrence. Avec le groupe Teachers', l'endettement monstre de Bell aurait scié les jambes de l'entreprise.

Bell-Telus

L'échec appréhendé de la transaction ramène sur la table une fusion entre Bell Canada et son allié de l'Ouest, Telus. Certains analystes évoquent cette possibilité, dont John Hendersen. L'analyste croit qu'une fusion procurerait des synergies de 10 milliards aux deux entreprises.

Hugues Dubeau croit également une fusion possible, d'autant qu'elle n'exigerait pas d'argent comptant -difficile à trouver par les temps qui courent- mais seulement un échange d'actions.

De son côté, Alain Chung croit qu'une telle fusion n'est pas possible, puisqu'elle ne respecterait pas les règles canadiennes de la concurrence, les deux entreprises accaparant une trop grande part de marché. «Une entreprise comme GE est bien gérée même si elle n'a pas d'actionnaire de contrôle«, fait valoir M. Chung.

À cet égard, certains croient que le PDG, George Cope, peut faire le travail, d'autres, non. George Cope est reconnu comme l'homme du groupe Teachers'. "J'ai du mal à savoir si M. Cope travaille pour Teachers' ou pour les actionnaires de Bell Canada", s'interroge M. Chung.

Détenteurs d'obligations heureux

Quoi qu'il en soit, s'il est un groupe qui se frotte les mains avec la nouvelle, c'est celui des détenteurs d'obligations. La perspective d'achat par endettement de Bell a eu pour effet d'accroître le risque de crédit de l'entreprise et de faire chuter la valeur des obligations. Or, la perspective d'échec de la transaction a fait monter les titres.

Hier, par exemple, les obligations de BCE qui viennent à échéance en mars 2035 ont bondi de 4,2%, à 66,96$. La valeur nominale est de 100$. «À titre de détenteurs d'obligations, c'est une très bonne nouvelle», a déclaré Marc-André Gaudreau, vice-président chez Natcan Investment Management, à l'agence Bloomberg.

Si la transaction achoppe, on pourra dire en rétrospective que les détenteurs d'obligations ont gagné la bataille. Certes, ils ont perdu en Cour suprême, mais leur contestation juridique a repoussé de plusieurs mois la conclusion de la transaction, menant la date clôture dans une période de crise, période qui fera vraisemblablement avorter la transaction.