À quelques semaines de la signature du partenariat public privé (PPP) pour la construction et l'exploitation du pont à péage de l'autoroute 25, l'optimisme reste de rigueur malgré les apparentes difficultés de son promoteur privé.

Rudy Le Cours

À quelques semaines de la signature du partenariat public privé (PPP) pour la construction et l'exploitation du pont à péage de l'autoroute 25, l'optimisme reste de rigueur malgré les apparentes difficultés de son promoteur privé.

«Ce qui manque, c'est la documentation légale, précise en entrevue Jean Lefebvre, président directeur général de l'Agence des PPP du Québec (APPPQ), une société d'état qui compte 25 employés dont 18 professionnels. Les plans sont en cours de réalisation et le travail dans l'eau devrait commencer au printemps.»

Espèce rare

Les environnementalistes s'opposent au projet en raison de la présence d'une frayère d'esturgeons noirs, une espèce peu nombreuse dans la rivière des Prairies.

Ils tentent depuis son annonce en juin de convaincre les tribunaux d'en retarder la réalisation.

Depuis quelques semaines, une nouvelle ombre se pointe à l'horizon: le consortium aura-t-il le moyen de financer le projet?

«Le gouvernement s'assure que les fonds sont disponibles», affirme M. Lefebvre.

Concession A-25 est chargée de la réalisation et de l'exploitation pendant 35 ans d'un tronçon de 7,2 km de l'autoroute 25 qui inclut le pont qui enjambera la rivière. Concession A-25 est une filiale formée par Macquarie Infrastructure Partners (MIP) de New York.

MIP est lui-même une création de la banque australienne Macquarie, malmenée en Bourse depuis quelques semaines à cause de la frilosité des marchés monétaires.

Des actions de pacotille

«Trois fonds de Macquarie ont perdu 25% de leur valeur, reconnaît M. Lefebvre. Ce sont des fonds qui investissent dans des junk bonds. Ils n'ont rien à voir avec la 25.»

MIP est un fonds de capital-risque financé par des participations de caisses de retraite canadiennes et étrangères, dont celle des employés des collèges d'arts appliqués et de technologie (CAAT) de l'Ontario.

Son portefeuille comprend le terminal de containers Fraser Surrey en Colombie-Britannique et celui du port de Halifax. MIP exploite aussi en co-entreprise des autoroutes à péage en Indiana et à Chicago.

Pour réaliser le chantier dont la valeur se situe entre 400 et 600 millions selon des sources différentes, MIP empruntera le gros des fonds nécessaires. La banque française Société générale agira comme prêteur.

Pour la réalisation du chantier, Concession A-25 s'est adjoint les services d'un entrepreneur, maître d'oeuvre du cahier de charges. C'est la firme Construction Kiewit de Boisbriand qui agira à ce titre.

L'entreprise est une filiale d'une société américaine d'Omaha dont le capital fermé appartient à ses employés cadres. Du nombre, 115 sont Québécois qui détiennent 7% de son capital.

«En Amérique du Nord, on a réalisé un contrat de 1,5 milliard pour la réfection clés en mains de l'Interstate 15 à Salt Lake City, en vue des Jeux Olympiques de 2002, rappelle Jacques Lacombe, directeur des affaires chez Construction Kiewit. On construit aussi le tronçon de 60 km Sea to Sky entre Vancouver et Whistler en vue des jeux de 2010.»

Plus modeste, le tronçon de la 25 revêt cependant une difficulté particulière. Pour la conception du pont à haubans, Construction A-25 a formé une co-enttreprise avec l'américaine Parsons Transportation Group à qui on doit notamment le pont Pierre-Laporte à Québec et le Sky Train de Vancouver.

M. Lacombe agit aussi à titre de directeur du projet de l'autoroute 25 pour Kiewit Parsons.

«Nous nous sommes engagés à livrer clé en mains le tronçon en mai 2011», poursuit M. Lacombe.

La conception des approches du pont est confiée à la société en commandite de Genivar Groupe conseil de Montréal, engagée dans plusieurs chantiers autoroutiers du Québec et de l'Ontario.

Le béton sera fourni par Demix, filiale de Ciment Saint-Laurent.

Une fois livrée l'infrastructure, son entretien sera confiée à Miller Paving et sa filiale québécoise Talon-Sebeq tandis que la responsabilité du système de péage incombera à TransCore de Pennsylvanie.

Il s'agit d'un concepteur de technologies et de logistiques pour la gestion du trafic autoroutier ou aérien.

«MIP a tout intérêt à ce que le pont soit livré à temps, conclut M. Lefebvre. Comme il s'agit d'un pont à péage, le plus vite est le mieux.»