Entrepreneuriat social ne rime pas toujours avec revenus faméliques et locaux poussiéreux. Parlez en à Judy Servay.

Maxime Bergeron

Entrepreneuriat social ne rime pas toujours avec revenus faméliques et locaux poussiéreux. Parlez en à Judy Servay.

Il y un peu plus d'un an, avec son conjoint Philippe Fehmiu, l'ex-productrice télé lançait un concept ambitieux: le Robin des Bois, un restaurant branché où le service est assuré en partie par des bénévoles. Et qui remet 100% de ses profits à des oeuvres de charité.

L'entreprise est un franc succès. Le resto du Plateau Mont-Royal emploie aujourd'hui une quinzaine de salariés et déménagera bientôt dans des locaux plus grands tant la demande est forte. Il n'a aucune dette. Mieux, le Robin des Bois a réussi à verser 30 000$ à six organismes de charité le mois dernier.

«On a déjà amassé 150 000$ sur les 300 000$ nécessaires à l'ouverture du nouveau restaurant», a indiqué Mme Servay à La Presse Affaires vendredi en marge de la première Journée de l'entrepreneuriat social, organisée par l'Institut du Nouveau Monde (INM).

Le sujet semble intéresser les jeunes au plus haut point. Vendredi, dans un auditorium de l'UQAM, plus d'une centaine d'entre eux sont venus écouter pendant deux heures Judy Servay, Benoît Robert (Communauto), Christian Yaccarini (Technopôle Angus), et Leslie Carbonneau (Éco-Village du Mont-Radar), qui participaient à une table ronde sur l'entrepreneuriat social.

Premier constat: l'entreprise sociale a plusieurs visages. Elle peut être privée (comme Communauto), à but non lucratif (comme Technopôle Angus) ou encore coopérative. L'important, c'est qu'elle réponde à un besoin social «avec une solution pragmatique et novatrice», explique dans un document le directeur général de l'INM, Michel Venne.

Le Technopôle Angus, qui loue des locaux à des entreprises de haute technologie à Rosemont, est ainsi né du besoin de créer des emplois dans un quartier en plein naufrage, rappelle Christian Yaccarini.

«C'est la réponse d'une communauté face à un désastre économique qui était en cours à la fin des années 80 et au début des années 90.»

Malgré plusieurs difficultés, le Technopôle a remporté son pari. Quelque 1100 personnes travaillent aujourd'hui dans le parc industriel écolo, ce qui a contribué à revigorer les commerces des environs.

Et même si le Technopôle est à but non lucratif, Christian Yaccarini est bien conscient que l'organisation doit générer d'importants revenus. Ne serait-ce que pour rembourser sa dette de 55 millions de dollars.

«Je dis toujours que Angus est à but non lucratif, mais pas nos salariés, illustre le dirigeant. Alors oui, il faut aller gagner nos salaires. On carbure au développement, on est condamné à développer.»

Le dynamisme des «entrepreneurs sociaux» du Québec et la création d'emplois qu'ils génèrent semblent avoir impressionné l'animatrice de la table-ronde, Aude Garelly, responsable du département Recherche et Innovation de l'Agence Alter de Belgique.

«On voit qu'être entrepreneur social, ce n'est pas seulement changer le monde en ayant des valeurs, c'est aussi changer le monde en ayant un emploi soi-même, a-t-elle noté. Ce qui est intéressant par rapport à l'Europe, c'est qu'ici, ce sont des salaires normaux, tandis qu'en Europe, les salaires sont beaucoup moins importants que dans le reste du marché de l'emploi.»

La situation des entrepreneurs sociaux demeure quand même ponctuée d'obstacles. La méconnaissance par rapport à ce type d'entreprises -et le fait qu'elles ne correspondent pas à un modèle bien défini- vient compliquer plusieurs situations, ont expliqué les participants.

Le Robin des Bois, par exemple, voudrait obtenir le statut de fondation pour pouvoir donner des reçus d'impôts à ses plus importants donateurs. Mais la fondatrice Judy Servay est prise dans un dédale bureaucratique, qui rend le changement impossible pour le moment. «On ne rentre dans aucune case», dit-elle.

La Journée de l'entrepreneuriat social était la première activité d'importance du nouveau programme «À go, on change le monde!» mis sur pied par l'INM. Ce programme vise à soutenir le développement de projets d'affaires à fort impact social par des jeunes de 15 à 35 ans.