Coventree (T.COF). S'il y a un nom qui sème l'inquiétude aujourd'hui, c'est bien celui de cette firme torontoise malmenée par la crise du crédit à risque.

Philippe Mercure

Coventree [[|ticker sym='T.COF'|]]. S'il y a un nom qui sème l'inquiétude aujourd'hui, c'est bien celui de cette firme torontoise malmenée par la crise du crédit à risque.

Et bien des investisseurs seront surpris d'apprendre que des produits Coventree se sont infiltrés dans des placements qu'ils considéraient pourtant comme les moins à risque: les fonds de marché monétaire. Ce qui ne veut pas dire qu'il faille céder à la panique.

Les fonds du marchés monétaires investissent dans des titres à court terme - bons du Trésor, obligations gouvernementales à court terme - et ont toujours été considérés comme des refuges sécuritaires dans le monde de l'investissement. Faible rendement, faible risque: «la catégorie marché monétaire canadien est, de loin, la catégorie la moins volatile de tous les types de fonds, dit Christian Charest, éditeur adjoint pour la firme d'évaluation de fonds communs Morningstar. Les fonds de marché monétaire américains sont un peu plus volatils, mais pas beaucoup», dit-il.

C'était jusqu'à tout récemment. Car avec l'effondrement des prêteurs hypothécaires qui se propage comme un effet domino, certains de ces fonds se retrouvent aujourd'hui «contaminés» par une proportion plus ou moins importante de produits dont le financement est aujourd'hui, dans certains cas, menacés.

Récapitulons. La crise qui secoue aujourd'hui les marchés a été causée par des prêteurs qui ont octroyé de l'argent à des clients qui n'avaient souvent pas la capacité de le rembourser.

Ce faisant, ils ont pris un risque. Mais ils ont refilé ce risque à d'autres via des instruments financiers complexes, parmi lesquels on trouve ce qu'on appelle le «papier commercial adossé à des actifs».

Historiquement, ce sont les grandes banques qui ont structuré ces produits - en acquérant des dettes comme des prêts hypothécaires ou des prêts auto, par exemple, en les restructurant et en les revendant.

Récemment, des sociétés comme Coventree ont commencé à faire la même chose. Et certains fonds de marchés monétaires se sont laissé tenté et en ont acheté, tout comme des investisseurs institutionnels comme la Caisse de dépôt et placements du Québec,

«Certains fonds du marchés monétaires, en plus d'investir dans des bons du trésor, ont décidé d'enjoliver leur rendement en investissant dans des billets à court terme qui sont adossés à des hypothèques. Jusqu'à récemment, ces billets étaient considérés presqu'aussi sécuritaires que les bons du trésor. Mais avec la situation exceptionnelle que l'on connaît, le risque de ces placements a augmenté beaucoup, et c'est ce qui cause de l'inquiétude pour l'instant», dit Christian Charest, de la firme MorningStar.

C'est qu'avec le contexte actuel, tout le monde veut vendre ses papiers commerciaux adossés à des actifs... mais personne ne veut en acheter. Résultat: les émetteurs doivent acheter en masse... mais n'ont pas les liquidités nécessaires puisqu'ils n'en vendent pas.

Plusieurs considèrent que les banques auront les reins assez solides pour le faire. Ce qui n'est pas le cas de joueurs comme Coventree, qui doivent trouver de l'argent liquide dans un marché qui en manque.

Un investisseur qui découvre que ses fonds de marchés monétaires contiennent des papiers commerciaux organisés par des firmes autres que les banques devrait-il s'inquiéter?

«Peut-être plus que quelqu'un qui n'en possède pas du tout, mais pas trop», répond Keith Farrant, gestionnaire de portefeuille chez Claret. Il souligne que des firmes comme Coventree peuvent finir par trouver les liquidités suffisantes pour retomber sur leurs pattes.

Et que la plupart des fonds, de toute façon, n'ont qu'une petite partie de leurs actifs dans ces placements aujourd'hui à risque.