En novembre 2003, le Fonds de solidarité FTQ avait annoncé qu'il se retirait de Gildan parce qu'il n'approuvait pas l'attitude du manufacturier face aux travailleurs des pays en développement.

Marie Tison

En novembre 2003, le Fonds de solidarité FTQ avait annoncé qu'il se retirait de Gildan parce qu'il n'approuvait pas l'attitude du manufacturier face aux travailleurs des pays en développement.

Plus de trois ans plus tard, le Fonds de solidarité a encore une participation dans le capital-actions de Gildan [[|ticker sym='T.GIL'|]]. La porte-parole de l'institution, Josée Lagacé, n'a pas voulu révéler combien d'actions le Fonds possédait encore. Elle a toutefois soutenu que la décision de novembre 2003 tenait toujours et que le retrait se poursuivait de façon progressive et ordonnée.

«Sur le nombre d'actions que nous avions au départ, en 1996, il n'en reste plus que 7%, a-t-elle déclaré. Au cours de 2007, nous n'en n'aurons plus.»

Cet interminable retrait a un grand avantage. Depuis la fameuse annonce du Fonds de solidarité, l'action de Gildan a carrément triplé. Le titre se situait à 18,15 $ le 12 novembre 2003. Jeudi, il a clôturé à 60,99$ à la Bourse de Toronto.

Le Fonds de solidarité aura donc profité en partie de la véritable explosion du titre de Gildan. Entre 1996 et 2003, le Fonds avait investi 3,5 millions en capital-actions dans Gildan. En novembre 2003, cet investissement valait près de 90 millions. Si le Fonds n'avait pas initié son retrait, cet investissement vaudrait aujourd'hui 300 millions.

Le Fonds de solidarité s'était retiré en raison d'un désaccord fondamental avec la direction de Gildan au sujet du congédiement de 38 employés au Honduras à l'automne 2002. Le Fonds estimait que Gildan avait violé le droit d'association de ses travailleur parce que le congédiement avait eu lieu une dizaine de jours après que les 38 employés en question eurent déposé une demande d'accréditation syndicale. La direction de Gildan avait plutôt soutenu que le 38 employés avaient été mis à pied avec plus de 150 autres travailleurs dans le cadre d'un ralentissement cyclique de la production.

Depuis, Gildan s'est engagée dans un dialogue avec les organisations non gouvernementales qui défendent les droits des travailleurs et est parvenue à une entente au sujet des travailleurs touchés.

Le manufacturier a également obtenu une certification de la part de WRAP (Worldwide Responsible Apparel Production), un organisme indépendant qui évalue les aspects humains et éthiques de la confection de vêtements. Gildan espère obtenir bientôt une accréditation d'un organisme similaire, le FLA (Fair Labor Association).

«Nous maintenons la stratégie lancée en 2003», a toutefois déclaré Mme Lagacé jeudi.

Gildan a également poursuivi une solide croissance pendant cette période. En 2006, son chiffre d'affaires a atteint 773,2 millions US, comparativement à 431,2 millions US en 2003. Son bénéfice net a carrément doublé en trois ans, passant de 53,2 millions US en 2003 à 106,8 millions US en 2006.

Cette croissance s'est poursuivie au premier trimestre de l'exercice 2007. Grâce notamment à l'acquisition du manufacturier de chaussettes américain Kentucky Derby Hosiery, le chiffre d'affaires a atteint 185,8 millions US, une hausse de 54,4% par rapport à la même période de l'exercice précédent. Le bénéfice net a toutefois légèrement fléchi pour se situer à 15,6 millions US en raison de charges de restructurations déjà annoncées.

À l'assemblée annuelle des actionnaires de Gildan, jeudi, l'auditoire était tout sourire.

Le président et chef de la direction de l'entreprise, Glenn Chamandy, a fait savoir que Gildan accélérera ses projets d'expansion afin de répondre à la demande. Alors qu'elle prévoyait investir 110 millions US en immobilisation en 2007, elle investira plutôt 145 millions US.

Elle effectuera l'essentiel de ces investissements en Amérique centrale et dans les Caraïbes.