La dégringolade de Neurochem en bourse a entraîné avec elle les espoirs de nombreux investisseurs et de malades souffrant de l'Alzheimer. Mais peu importe si le bébé du docteur Francesco Bellini parvient ou non à retomber sur ses pattes, ce plongeon risque d'avoir un autre effet pervers : susciter la méfiance pour un secteur qui carbure à la confiance des investisseurs. Faut-il revoir le modèle d'affaires des biotechs?

Philippe Mercure

La dégringolade de Neurochem en bourse a entraîné avec elle les espoirs de nombreux investisseurs et de malades souffrant de l'Alzheimer. Mais peu importe si le bébé du docteur Francesco Bellini parvient ou non à retomber sur ses pattes, ce plongeon risque d'avoir un autre effet pervers : susciter la méfiance pour un secteur qui carbure à la confiance des investisseurs. Faut-il revoir le modèle d'affaires des biotechs?

Deux biotechs de Laval, deux titres qui s'effondrent à quelques semaines d'intervalle. Les déboires de Labopharm et Neurochem en Bourse ont ébranlé bien des investisseurs récemment. Mais leurs effets pourraient se faire sentir beaucoup plus longtemps dans le monde de la biotechnologie québécoise.

Les deux entreprises ont subi de plein fouet le couperet de la Food and Drug Administration américaine (FDA), chargée d'approuver la commercialisation des médicaments aux États-Unis. La FDA a dit non au Tramadol de Labopharm, un analgésique modifié de façon à n'être consommé qu'une fois par jour. Et elle vient d'opposer un refus définitif à Neurochem pour l'Alzhemed, un médicament potentiel contre l'alzheimer qui aurait pu devenir le prochain «blockbuster» de l'industrie pharmaceutique.

Ça fait mal, et d'autant plus qu'on annonçait 2007 comme une «année charnière» pour l'industrie. Une année où le succès allait entraîner le succès. Ou l'inverse. «Il y a un danger de voir plusieurs essais cliniques échouer en 2007, pouvait-on lire dans le chapitre canadien du «Global Biotechnology Report 2007» d'Ernst & Young. L'impact pourrait être dévastateur pour les entreprises en démarrage en leur freinant l'accès au capital.»

«C'est un peu triste, mais l'impact de ces produits qui bloquent au stade de l'approbation réglementaire n'affectent pas seulement les compagnies en question, confirme aujourd'hui Claude Bismuth, associé principal, sciences de la vie, chez Ernst & Young. Cela créé un effet boule de neige.»

«L'impact, on le voit sur le côté financier et on l'a vu à plusieurs reprises, est immédiat. Le marché est impitoyable», continue-t-il.

La biotechnologie est un secteur gourmand en capital. Il faut une dizaine d'années et des dizaines, voire des centaines de millions de dollars pour mettre un médicament sur le marché. La grande majorité des entreprises de biotechnologies ne génèrent pas ou peu de revenus pour financer la recherche de médicaments. Elles doivent donc convaincre les investisseurs de miser sur elles. Les insuccès que l'on vient de voir - même s'ils peuvent très bien s'avérer temporaires - risquent de compliquer les choses.

Patrick Montpetit, président du conseil d'administration de BioQuébec, souligne que le rejet de l'Alzhemed survient de surcroît à un bien mauvais moment: immédiatement après une crise des liquidités qui vient d'injecter une bonne dose d'incertitude et de pessimisme sur les marchés.

«Je pense qu'il y aura un effet très grave de Neurochem [[|ticker sym='T.NRM'|]] . La nouvelle n'est vraiment pas bonne, on s'entend. Mais je crois que le timing avec la crise des marchés n'aide pas non plus. L'effet combiné des deux fera en sorte que selon toute logique, le capital-risque devrait refroidir», dit-il.

Mais il n'y a pas que le capital-risque. Les investisseurs institutionnels et les particuliers risquent aussi d'y penser deux fois avant d'inclure des titres de biotechnologies dans leur portefeuille. En fait, les fonds de capital-risque consacrés aux biotechnologies sont probablement les plus au fait des risques qu'ils courent en investissant dans ce secteur.

«Il y aura peut-être un re-questionnement de la part de certains fonds, dit M. Montpetit. Cela dit, les fonds vraiment spécialisés en biotech connaissent bien les risques et savent très bien qu'il y a peut-être de 10 à 12% des produits qui démarrent en phase I qui vont être approuvés pour la commercialisation 10 ans plus tard. Ce sont des risques qu'ils connaissent et qu'ils savent gérer.» Combien de temps l'impact se fera-t-il sentir? «Je pense que jusqu'à Noël, tous les marchés vont être sur leurs gardes et être certainement plus frileux qu'ils l'étaient il y a six mois. Je vois six mois de repositionnement», répond Patrick Montpetit.

Selon lui, l'enthousiasme reprendra lorsque les bonnes nouvelles arriveront. «Parce qu'il y a aussi de bonnes nouvelles - regardez du côté de Theratechnologies, par exemple. Et gardez en tête que les gens jettent l'éponge un peu vite pour Neurochem et que l'entreprise peut très bien renaître de ses cendres. Les bonnes nouvelles vont ramener la confiance des marchés et on devrait avoir une meilleure première moitié de 2008», prédit-il.

D'autant plus que le secteur est loin d'en être à sa première crise. «Quand la bulle techno a éclaté, c'était surtout les entreprises d'internet, mais notre industrie en a souffert. On a eu un gros, gros vide, on a eu 18 mois sans opérations financières», rappelle M. Montpetit.

Selon lui, le monde des technologies médicales est de toute façon appelé à croître. Et l'argent n'aura pas le choix de suivre. «On a une révolution médicale qui s'en vient au cours des cinq à 10 prochaines années, dit-il. Et si c'est le cas, la capitalisation de ces titres va suivre une courbe à la hausse.»