Quelles leçons peut-on tirer de la dégringolade des actions chinoises?

Réjean Bourdeau

Quelles leçons peut-on tirer de la dégringolade des actions chinoises?

«Cette chute n'est peut-être pas un élément déclencheur mais elle nous donne un avant-goût de ce qui pourrait arriver advenant le pire, dit Vital Proulx, président d'Hexavest. Elle nous permet aussi de voir comment on peut se protéger comme investisseur.»

Le gestionnaire remarque que la glissade de 8,8% (ou 9,2% en devises locales) de l'indice Shanghai et Shenzhen 300, mardi, a été suivie par des secousses sur les marchés émergents, européens et nord-américains.

«Il y a un dénominateur commun à tout ça: les secteurs et les Bourses les plus touchés sont ceux qui ont profité le plus de l'abondance des liquidités», explique-t-il.

Les fonds de couverture (hedge funds) et les spéculateurs ont misé de grosses sommes dans les titres de ressources naturelles et dans ceux des pays émergents au cours des dernières années.

Même l'Europe a profité de la manne l'an passé, rappelle-t-il.

La bonne tenue de son économie et l'évaluation attrayante de ses actions se sont traduites par un bond de 21,4% (en devises locales) de l'indice Bloomberg European 500, en 2006.

La même situation prévaut du côté canadien où le secteur des matériaux (mines et métaux) a été l'enfant chéri de la Bourse. L'an passé, ce groupe de producteurs, a bondi de 38% sur le parquet de Toronto.

«Il n'est donc pas étonnant de voir que ce sont les titres qui ont connu des excès qui sont les plus touchés quand survient un choc», soutient M. Proulx.

Le gestionnaire constate que les investisseurs ont été trop complaisants et optimistes. Cette attitude a fragilisé les marchés boursiers.

«On assiste à un retour du balancier, dit-il. C'est le moment de mettre les choses en perspective et de voir quels sont les secteurs qui réagissent le mieux dans les moments difficiles», dit-il.

Selon lui, les secteurs défensifs, moins sensibles aux fluctuations boursières, sont à privilégier. Il mise notamment sur les entreprises spécialisées dans la consommation courante (alimentation, etc.) et les télécoms.

Dans le contexte actuel, Vital Proulx suggère une série de titres nord-américains, européens et asiatiques qui devraient être moins touchés en cas de tourmente.

Sobeys: cet épicier, présent partout au Canada, est peu touché par les cycles économiques. Son principal actionnaire, Empire, rachète des actions. Son titre s'échange à 12 fois les profits estimés de 2007.

Altria: la demande de cigarettes est peu sensible aux prix et à l'environnement économique. L'action s'échange à un prix intéressant d'environ 15 fois les profits de 2007.

RWE: cette société allemande de services publics produit de l'électricité, du gaz naturel, du pétrole raffiné et exploite une usine de filtration. Ses activités sont principalement en Europe. Elle offre un dividende de 4,5%.

Deutsche Telecom: compagnie allemande de téléphonie présente en Europe et aux États-Unis. Sa filiale de cellulaires T-Mobile est en expansion. Elle verse un dividende de 5,2%.

Goodman Fielder: ce producteur de biens alimentaires (pain, lait, etc.) qui vend ses produits en Australie et en Nouvelle-Zélande peut être considéré comme une valeur refuge.

Macquarie Infrastructure Group: cette entreprise australienne gère des autoroutes et des ponts à péage. Son titre s'échange à 11,5 fois les profits de 2008.

Par ailleurs, ajoute M. Proulx, d'autres titres sont à éviter.

Parmi les producteurs miniers il y a ceux des géants BHP Billiton et Rio Tinto, qui profitent de la demande chinoise pour le cuivre et le zinc. La canadienne Aur Resources (cuivre) et l'américaine Nucor (acier) sont aux prises avec la même situation.

De son côté, le titre du producteur d'acier Nippon Steel s'échange à un niveau trop élevé en raison des rumeurs de consolidation dans cette industrie.

Au niveau boursier, le titre de la Hong Kong Exchange and Clearance souffrira si les titres chinois continuent d'écoper. Depuis des années, son parquet profite des émissions d'actions des entreprises chinoises.

LES TITRES À PRIVILÉGIER

Sobeys (SBY, Toronto)

Altria (MO, New York)

RWE (RWE, Francfort)

Deutsche Telecom (DTE, Francfort)

Goodman Fielder (GFS, Sydney)

Macquarie Infrastructure (MIG , Sydney)

LES TITRES À ÉVITER

Aur Resources (AUR, Toronto)

Nucor (NUE, New York)

BHP Billiton (BLT, Londres)

Rio Tinto (RIO, Londres)

Nippon Steel (590, Tokyo)

Hong Kong Exchange (388, Hong Kong)