Le plafonnement des rabais-volumes qui sont consentis aux pharmaciens propriétaires par les fabricants de médicaments génériques risque de mettre des pharmacies en péril.

Pascale Breton

Le plafonnement des rabais-volumes qui sont consentis aux pharmaciens propriétaires par les fabricants de médicaments génériques risque de mettre des pharmacies en péril.

C'est ce que révèle un sondage maison menée cette semaine par l'Association québécoise des pharmaciens propriétaires (AQPP), dont La Presse a obtenu copie.

La Politique du médicament présentée hier impose un plafonnement de 20% des allocations professionnelles les rabais-volumes que les fabricants de médicaments génériques peuvent consentir aux pharmaciens.

C'est une pratique courante, mais qui était jusqu'à présent occulte, a dit le ministre de la Santé et des Services sociaux, Philippe Couillard, jeudi. «Ces contributions seront désormais permises, mais elles seront transparentes, fiscalisées bien sûr, et elles feront l'objet d'une reddition de compte.»

Les pharmaciens propriétaires applaudissent cette initiative de transparence. Mais ils ne veulent pas que ces allocations professionnelles soient plafonnés.

Le sondage révèle d'ailleurs que les trois quarts des pharmaciens reçoivent actuellement beaucoup plus que le plafond de 20% imposé par Québec. Près d'un pharmacien sur cinq profite même de rabais-volumes variant de 41 à 50% du volume de médicaments achetés à un fabricant de génériques.

Les pharmaciens utilisent cet argent pour payer les opérations courantes de la pharmacie. Plus du tiers des répondants affirment même que la moitié de leurs dépenses comme le loyer, l'électricité ou le salaire des employés sont payés grâce à ces rabais-volumes.

«C'est sûr qu'il y en a qui vont être fragilisés sur le plan financier. Il y en a qui ne pourront pas passer au travers», affirme le directeur général de l'AQPP, Normand Cadieux. Les jeunes pharmaciens qui ont leur entreprise depuis moins de cinq ans et les pharmacies situées dans les régions éloignées sont plus susceptibles de ressentir l'impact de cette mesure, croit M. Cadieux.

Le sondage indique que 65% des pharmaciens considèrent d'ailleurs que le plafonnement représente une menace pour eux. Résultat, plusieurs songent à réduire les heures d'ouverture de leur officine. D'autres affirment qu'ils vont devoir réduire le temps de travail des pharmaciens et des techniciens.

La majorité des répondants affirment qu'ils ne pourront plus réinvestir autant dans leur pharmacie, que ce soit pour du matériel informatique ou du nouvel équipement. Surtout, près de 60% d'entre eux affirment qu'ils ne pourront plus tenir en inventaire le médicament d'origine et son pendant générique. Il risque aussi d'y avoir des ruptures de stock. Lorsqu'un médicament générique est disponible, c'est le pharmacien qui, bien souvent, propose au patient de remplacer le médicament novateur pour le produit moins cher. Ce recours aux médicaments génériques permet au gouvernement d'économiser 175 millions annuellement, affirme l'AQPP.

«À partir du moment où les pharmaciens vont réduire l'inventaire des médicaments génériques, il faut comprendre qu'on vient d'augmenter le coût pour le Régime public d'assurance médicaments et pour les patients. On va payer plus cher pour les médicaments», souligne M. Cadieux.

Le sondage a été envoyé sur Internet aux membres de l'AQPP les 29 et 30 janvier. Au total, 333 pharmaciens sur les 1647 qui l'ont reçu ont répondu au sondage. La marge d'erreur est de plus ou moins 4,8%, 19 fois sur 20.