Le conflit de travail est peut-être réglé à l'abattoir d'Olymel de Vallée-Jonction, mais la crise du porc n'est pas terminée au Québec.

Philippe Mercure

Le conflit de travail est peut-être réglé à l'abattoir d'Olymel de Vallée-Jonction, mais la crise du porc n'est pas terminée au Québec.

Et après avoir arraché d'importantes concessions à ses employés, Olymel se tourne maintenant vers les producteurs pour revoir son approvisionnement en cochons.

C'est ce qu'a indiqué hier l'entreprise au lendemain de l'acceptation de l'offre du conciliateur par les employés de Vallée-Jonction. Ceux-ci ont accepté lundi des baisses salariales de 30% afin de sauver leur usine, après avoir dit non quatre fois aux offres patronales.

Le PDG d'Olymel, Réjean Nadeau, leur a transmis hier sa «reconnaissance pour les choix difficiles qu'ils ont eu à faire», des choix qui font maintenant «renaître les espoirs de développement pour l'usine de Vallée-Jonction».

Comme un acteur qui gagne un Oscar, M. Nadeau a distribué sa gratitude pour les concessions de quelque 11 millions obtenues, remerciant les dirigeants syndicaux et le gouvernement du Québec en passant par les producteurs de porcs et la mairesse de Vallée-Jonction.

Et comme dans les films, M. Nadeau est arrivé hier à la conférence de presse avec une bonne nouvelle. "J'ai reçu un téléphone du Japon, ce matin, et tous les contrats d'approvisionnement en chill pork de Vallée-Jonction sont maintenus", a-t-il lancé.

Le chill pork, un porc refroidi sans congélation, est le produit-vedette de l'usine de Vallée-Jonction, mais la menace de fermeture avait soulevé l'inquiétude des clients japonais qui en achètent 12 conteneurs par semaine.

L'ancien premier ministre Lucien Bouchard, engagé par Olymel pour défendre ses intérêts, a admis que la lutte qui a opposé l'entreprise à ses employés risque de «laisser des traces».

Il a toutefois refusé le qualificatif «brutal» utilisé pour décrire l'attitude d'Olymel. «Ce qui est brutal, c'est la réalité», a-t-il dit, rappelant qu'Olymel a perdu 50 millions en trois ans avec l'usine de Vallée-Jonction.

Cap sur la rentabilité

«On pense qu'on a maintenant les conditions de notre côté pour atteindre la rentabilité», a indiqué mercredi M. Nadeau.

«L'usine de Vallée-Jonction est notre plus belle usine, dotée des meilleurs équipements, et située dans une région où il y a des porcs. On y a investi plus de 25 millions au cours des dernières années.»

L'objectif: faire passer la production de 29 000 porcs par semaine à 35 000 porcs par semaine, voire jusqu'à 45 000 si on agrandit l'usine.

Mais pour ça, il faut des cochons. Et c'est le prochain cheval de bataille d'Olymel. L'entreprise veut revoir le système de mise en marché des porcs, un système qui a «ses coûts et ses inefficacités», a dit à La Presse Affaires Paul Beauchamp, vice-président principal d'Olymel.

Le dossier pourrait être chaud. Déjà, l'encan électronique qui sert à distribuer les porcs a dû être arrêté. Les abattoirs avaient cessé de miser, provoquant l'effondrement des prix... et la colère des producteurs. C'est donc la Régie des marchés agricoles qui fixe actuellement les prix en attendant que les acteurs s'entendent sur un nouveau système.

«Le mécanisme avait été créé pour créer une surenchère. Les gens n'avaient jamais vu qu'on pouvait jouer à l'inverse pour créer une dépréciation des prix», a dit mercredi M. Beauchamp, soutenant avoir économisé 8 millions de dollars l'an dernier en coût d'approvisionnement à l'usine de Vallée-Jonction.

de méga abattoir au Québec... pour l'instant.

L'abattoir de Vallée-Jonction, le plus gros au Québec, peut abattre 35 000 porcs par semaine. Les meilleurs au monde, près de trois fois plus. Plusieurs observateurs croient qu'il faut une telle machine au Québec.

Paul Beauchamp, vice-président principal d'Olymel, a confié mercredi à La Presse Affaires qu'Olymel n'envisageait pas ce scénario pour l'instant.

«C'est un peu le rêve, a-t-il dit à La Presse Affaires. Mais entre le rêve et un peu de réalisme... Ça prend de l'argent pour construire un abattoir. Deux cent cinquante millions de dollars, à peut-être plus. Actuellement, on à à n'est pas capable. Et l'industrie n'est pas structurée pour ça», a-t-il dit, pointant les problèmes de mise en marché actuelle... et l'incertitude de pouvoir trouver assez de travailleurs au même endroit pour faire rouler un tel abattoir.