La chute des profits de Couche-Tard (T.ATD.B) révèle la vulnérabilité de l'entreprise aux cours hasardeux de l'essence, mais des analystes ne s'inquiètent pas pour autant.

Sophie Brouillet

La chute des profits de Couche-Tard [[|ticker sym='T.ATD.B'|]] révèle la vulnérabilité de l'entreprise aux cours hasardeux de l'essence, mais des analystes ne s'inquiètent pas pour autant.

La chaîne de dépanneurs a divulgué mardi un bénéfice trimestriel en baisse de 20 %, ce qu'elle explique en bonne partie par les prix moindres du carburant.

Le PDG, Alain Bouchard, a fait valoir que les profits sur les ventes d'essence varient beaucoup de trimestre en trimestre mais se stabilisent sur un an.

La plupart des analystes consultés par LaPresseAffaires.com sont du même avis.

«Je ne crois pas que ce soit un enjeu», opine Richard Pitico, de CIBC World Markets, au sujet des prix à la pompe. «Les prix sont très volatiles mais leurs hauts et leurs bas se neutralisent à plus long terme.»

En vertu du même raisonnement, TD Newcrest a recalculé les profits trimestriels de Couche-Tard en utilisant une marge constante de profit à la pompe. L'analyste Michael VanAelst obtient ainsi une hausse de 25 % du bénéfice trimestriel. Il n'hésite donc pas à conseiller aux investisseurs de profiter du cours actuel du titre pour l'acheter.

«Les actions ont reculé de 10 % depuis la mi-janvier, et nous croyons qu'il est opportun pour les actionnaires de renforcer leur position avant le prochain catalyseur, que ce soit une acquisition, un rétablissement des marges sur l'essence ou une amélioration des ventes dans les magasins comparables», écrit M. VanAelst.

Et à la Financière Banque Nationale, Martin Goulet ajoute que les marges de profit sur l'essence du trimestre comparable de l'an dernier étaient «insoutenables».

Quelques doutes

Rien de singulier ou de préoccupant, donc, pour le moment. Mais Richard Pitico reconnaît que Couche-Tard est très exposée au marché pétrolier, dont l'évolution à long terme est débattue parmi les spécialistes.

Certains soutiennent que l'exploitation de nouveaux gisements garantit l'approvisionnement en or noir pour encore très longtemps, tandis que d'autres prévoient un épuisement progressif des nappes et donc une montée des prix. «À long terme, c'est un enjeu potentiel pour Couche-Tard», juge M. Pitico.

Contrairement à ce qu'on pourrait croire, poursuit-il, une flambée des prix risquerait de faire mal aux détaillants, qui tendent à hausser les prix à la pompe plus lentement que le rythme d'augmentation du coût d'achat de l'essence.

Un gestionnaire de la firme montréalaise Claret se questionne quant à lui sur l'impact des cours de l'essence à la lumière du prix actuel du titre de Couche-Tard et des attentes qu'a créées l'entreprise.

S'échangeant autour de 24 $ ces jours-ci, l'action est bien évaluée, estime Keith Farrant, de Claret. Et la compagnie ne peut se permettre de la voir chuter si elle veut poursuivre sa croissance au moyen d'acquisitions payées en titres.

«Il faut que tout aille très très bien pour que Couche-Tard continue à croître au même rythme comme s'y attend le marché», avertit M. Farrant, selon qui les fluctuations des prix de l'essence pourraient avoir un effet domino sur les affaires.

Le titre a reculé mardi, à l'annonce de la baisse de profits, mais il se redressait en début d'après-midi mercredi. Il reprenait 0,20 $ ou 0,8 % à 24,39 $.